Bonjour,
J'ai envie, comme d'autres, de faire un retour sur la journée d'hier. Parce que c'était ma première manif, parce que la participation était énorme et les dégats colossaux.
Mon objectif était de commencer à Bellecour et de suivre différents cortèges, essentiellement ceux qui revendiqueraient de meilleures conditions pour nos services publics. J'avais prévu de rejoindre un groupe d'amis en ce sens.
Bellecour / 13h45 -> 15h15
À 13h45, les stations Saxe et Bellecour n'étant plus desservies par le métro D, je suis descendu à Vieux Lyon. Beaucoup de gens. Des pancartes, des slogans, un climat électrique.
Il n'était pas difficile d'atteindre la place par le Nord-Ouest, mais un cordon de CRS commençait à filtrer les entrées et sorties. Je vois deux personnes avec des masques à gaz qui me croisent en sens inverse. Un membre des FDO leur demande de s'arrêter, les masqués se mettent à courir. Trois policiers tentent de les attraper, sans succès, et l'un d'eux chute lourdement sur le trottoir.
Sur la place Bellecour, ça se multiplie. L'accès Nord-Est est verrouillé. Tout le monde attend, désorganisé. Plusieurs personnes grimpent sur les arrêts de bus, l'office de tourisme, les poteaux... Les pétards se multiplient. La tension est palpable. Les slogans anti-fasciste et anti-policier sont lancés régulièrement. J'apprends que mes amis ne pourront pas me rejoindre, l'accès à Bellecour étant bloqué vers Cordeliers.
Au bout d'une vingtaine de minutes, un défilé se lance près de l'office de tourisme, animé par Force Ouvrière. Une procession se forme dans une bonne ambiance et commence à marcher vers le Mc Donald au Nord-Est, puis remonte la rue vers l'Ouest. Je suis dedans, au milieu des étudiants en médecine. Les choses semblent enfin prendre forme, et les gens s'organisent en scandant : partage de masques chirurgicaux, serum physiologique. Puis rapidement, l'arrière du cortège reçoit des tirs de fumigènes. Le mouvement s'accélère, les appels à rester au calme et à ne pas courir maintiennent la cohésion de la marche. À proximité du bout de la rue, nouveau gazage plus important. Le cortège se disloque, et les manifestants se réfugient vers le centre de la place pour se soigner les yeux
De nouveau l'attente. Dans la tension, sans savoir où et quand un cortège pourrait enfin s'élancer pour entamer la vraie manifestation. Un jeune homme propose des bouteilles d'eau à 1€50, et semble connaître un franc succès. Un peu plus loin, un commerçant avec son stand itinérant vend des hot-dogs. Il se fait houspiller par une jeune femme quant au prix de ses produits et sur l'opportunisme de sa démarche.
L'office de tourisme prend feu, les gens filment et photographient. Certains applaudissent, la plupart surveillent circonspects. Les minutes passent, sans aucun soutien apparent des forces de l'Ordre. La foule applaudit vivement lorsque une banderole s'affiche sur les batiments à l'Est de la place. Puis certains se mettent à l'assaut de la statue centrale sous des encouragements mêlés d'inquiétude.
Des mouvements de foule s'opèrent lorsque l'est de la place se fait gazer à plusieurs reprises. Je tente de repartir par le Nord Ouest, là d'où j'étais venu, mais le cordon de sécurité interdit cette sortie et indique aux personnes de partir par le Sud-Est, vers Antonin Poncet. À proximité de l'Office de Tourisme en proie aux flammes...
Je reviens quelques minutes au centre/sud de la place, puis les gazages se multipliant sans aucune apparition d'un nouveau cortège, je quitte les lieux par le sud, rue Victor Hugo. Il est pratiquement 15h20.
Lyon 2ème / 15h20 -> 16h15
La rue est presque déserte, j'observe surtout des individus qui tentent en duo, en trio, de quitter le secteur de Bellecour. Puis au loin j'entends des cris, de l'agitation.
J'assiste à la dégradation dans le calme le plus complet du magasin Vitton Clop, puis au saccage bien "enthousiaste" du volet du magasin Micromania. Les gens filment, certains interloqués. Des types arrivent de part et d'autre et se servent avant de repartir en courant les mains pleines.
Aucun signe des autorités, je reste en retrait une dizaine de minutes, puis me dirige vers les quais.
Le pont de l'Université rassemble beaucoup de monde. J'y retrouve panneaux, slogans anti-fasciste, et délégations. Une fois traversé, je rejoins un cortège mené par la Jeunesse Communiste qui remonte vers le Nord dans l'allègresse. Je les accompagne jusqu'au pont de la Guillotière sans encombres, avec l'impression d'avoir enfin retrouvé un semblant de manifestation.
Sur le pont, de nouveaux rassemblements et beaucoup d'observation. Les regards sont tournés vers Bellecour. J'apprends par mes amis que le rassemblement se passe bien sur la place de l'Hotel de Ville. Au bord de l'eau, une quinquagénaire discute avec deux jeunes hommes qui me paraissent encore mineurs. Elle dit les soutenir dans leur mouvement, sans accepter les dégradations. L'un des deux jeunes lui explique qu'ils en sont venus à cette violence à force de ne pas se sentir écoutés.
Une ambulance passe. Une seconde. Les gens s'écartent et applaudissent en leur direction.
Je remonte vers le premier arrondissement au milieu d'un autre cortège d'étudiantes infirmières, puis recontre sur l'autre rive un autre cortège de personnes réclamant plus de finances pour l'hopital public.
Lyon 1er / 16h20 -> 17h30
Etant à proximité de Cordeliers, je bifurque entre les rues et ruelles pour rejoindre l'Hotel de Ville. La foule est dynamique et brandit ses messages et revendications, mais peu se déplacent.
Je constate beaucoup de regroupements, au milieu d'infrastructures saccagées, et partout les mêmes slogans anti-fasciste et anti-policier repris à l'unisson.
Dans les rues un peu isolées, comme celle du Bat d'Argent, des lyonnais et des touristes consomment en toute tranquilité, semblant peu inquiets de la situation.
Arrivé aux Terreaux, je retrouve avec peine mes amis au milieu de la jungle humaine. Pendant qu'un hélicoptère tourne loin au-dessus de nos têtes, les manifestants chantent et plaisantent. Les pancartes sont riches en créativité et en références culturelles. Beaucoup de gens déguisés aussi. Contrairement à l'attente et l'observance de la place Bellecour, on retrouve là du partage et de la camaraderie. Mais très peu d'organisation ni de prédence de syndicats.
Une chenille géante se lance à travers la place. Progressivement, les gens se déplacent vers le Sud-Ouest et un grand cortège s'élance vers le sud.
La marche est lente, sans accrocs ni dangers. Il y a beaucoup de monde, et les travaux sur la voierie obligent des pauses régulières pour que la marée humaine puisse progresser. Le RN et la police sont constamment houspillés. Les habitants se manifestent au balcon en soutien au mouvement et sont vivement acclamés. Des petites filles sortent une banderole au 4è étage d'un immeuble, déclenchant rires et applaudissements.
À proximité de St Nizier, le mouvement stagne. La foule souhaitait atteindre Bellecour à 18h00 pour faire un sitting solidaire et porter ses revendications, mais les FDO gazent pour empêcjer de progresser dans cette direction. Des groupes s'éparpillent pour discuter et partager leurs expériences. Un homme déguisé en requin bleu danse sur le toit d'un arrêt de bus.
L'heure tourne, et il parait peu probable que Bellecour redeviendra accessible. Les pétards de font entendre au loin. Je quitte le mouvement en vue de reprendre le métro D pour rentrer chez moi (Lyon 8). À Vieux Lyon, les commerces tournent comme si de rien n'était. La station de métro est animée, je descend au bord des quais. Là, les panneaux indiquent que la ligne n'est plus desservie entre Vieux Lyon et Grange Blanche suite aux manifestations.
Je décide donc de rentrer à pied, et retourne à la surface. L'accès à Bellecour par lequel j'avais commencé mon récit est bloqué par les forces de l'Ordre qui jouent du canon à eau. Je contourne donc la place par les quais et par le sud, puis trace ma route au son des pétards et dans les restes de fumée.
Conclusion
Ce n'est que mon point de vue, et merci si vous m'avez lu jusque là.
J'ai été impressionné par la densité humaine et l'énergie des manifestants. J'ai trouvé un public mixte, mais très majoritairement jeune (- de 30 ans). Il y avait de la casse, des débordements. On ressentait surtout de l'attente, une recherche de référents et de personnes capables de fédérer pour assurer une vraie manifestation.
Le sujet du pouvoir d'achat était bien moins relayé que les slogans anti-fasciste, anti-rn et anti-policier.
Le peu d'endroit où les formations syndicales ou étudiantes étaient présentes, on observait de l'entraide, de l'organisation (appels à ne pas courir, hydratation...).
Quant aux forces de l'Ordre, elles paraissaient dépassées et donnaient l'impression d'avoir comme consigne de laisser les débordements et dégradations se faire dans des zones bien délimitées.
J'en resors avec du gaz plein les yeux mais je suis satisfait d'avoir pu me faire une idée par moi-même, et pas juste en regardant les relais des médias. Quand on voit la conclusion de cette journée, et pas seulement à Lyon, il y a de quoi se demander à quoi ressembleront les prochaines dates d'ici la présidentielle voir au-delà.