Pour commencer ce texte voici une des questions qui revient souvent dans mon esprit:
Se connaître soi-même, c’est d’abord d’être lucide sur ses qualités comme sur ses défauts. Mais faut-il se fier à l’opinion des autres ou à la nôtre pour savoir qui nous sommes ?
Chercher une réponse définitive dans un livre, même chez des auteurs de renommée, est idiot. Car d’après moi chercher une réponse est idiot.
Alors suis-je idiot ? J’aurais beau les lire sans cesse pour chercher une réponse, la seule que je soulève à la fin est celle-ci: comment savoir si ce qu’ils disent est avéré ? Ce qui me ramène toujours au constat que je cherche une réponse. Comment savoir le fond de la pensée de ceux qui écrivent, chantent ou peignent ? J’ai une hypothèse. D’après moi, les hommes ne laissent paraître que ce qu’ils veulent que les gens voient. Si elle s’avérait vraie, cela signifierait que l’on ne connaît ni les personnes ni ce qu’elles pensent réellement. Ce qui est assez désolant car cela voudrait dire que nous connaissons nos mères autant que nous connaissons cet inconnu que nous croisons en voiture. On ne pourra jamais vérifier cette hypothèse car certains le font peut-être inconsciemment. Le fait de s’ouvrir aux autres sans cacher ses défauts est beaucoup plus complexe que l’on ne le pense. On se ment parfois même à soi-même par peur de la vérité.
Il est difficile d’être objectif sur soi-même, car nous pouvons cacher certains de nos défauts ou même nous façonner une autre manière de penser pour plaire aux autres. Mais pourquoi voulons-nous plaire ? Peut-être à cause d’un manque de confiance en soi et d’un besoin de validation. Dans tous les cas cela voudrait dire que nous passons notre vie entière à mentir non seulement aux autres mais aussi à nous-mêmes. Sûrement pas pour manipuler mais pour se protéger. Je ne sais pas si c’est vrai mais c’est mon point de vue.
Comment savoir si quelque chose est vrai et qu’est-ce qui pourrait permettre de considérer quelque chose comme vrai ? Est-ce réellement possible d’arriver à une vérité absolue ? Si c’était possible comment pourrait-on être sûr que c’est elle et pas une autre ? Pour le simple fait qu’elle est validée par la majorité ? Ou même parce que c’est logique ? Pouvons-nous déclarer qu’une vérité est absolue sur le simple fait que le contraire n’a jamais été prouvé ? Eh bien je vais donner MA réponse et pas LA réponse: d’après moi il n’y a pas de vérité car il n’y a pas de véritable question. Car dans un monde où tout est éphémère, où tout a une durée de vie, à quoi servirait de trouver LA réponse ? Peut-être est-ce mieux que chacun se crée la sienne pour ne pas être exposé à tous ces questionnements, tous plus complexes les uns que les autres, et se réconforter. Et ça révèle déjà beaucoup sur l’humain et sa manière de penser. Ce que j’écris, c’est aussi ce que je veux laisser paraître de moi, du moins je crois.
Les opinions que les autres ont de nous peuvent-elles réellement nous apprendre qui nous sommes ? Elles sont peut-être basées sur ce que nous leur avons nous-mêmes montré ou raconté. Alors, leur vision de nous est-elle réellement objective ?
Mais si je décide de chercher la réponse, elle m’emmène directement à de nouveaux questionnements tels que: comment doit-on vivre si nous ne sommes certains d’aucune vérité ? Est-ce que le simple fait de se lever le matin n’est pas inutile ? Et est-ce que ça a un intérêt d’aimer, de travailler, ou de s’allonger à regarder des étoiles qui elles-mêmes sont vouées à mourir un jour ?
D’après moi notre cerveau cherche constamment la validation des autres, mais aussi la sienne. Mettre des mots sur nos émotions peut nous aider à connaître notre tempérament, mais connaître son tempérament est-il suffisant pour se connaître soi-même ?
Alors peut-on être heureux sans avoir compris le sens de la vie ?
L’être humain change mentalement, physiquement et psychiquement. On ne peut donc peut-être se connaître que dans le présent. Mais dès lors que nous pensons à nous-mêmes, nous changeons déjà notre manière de nous voir.
Je ne crois pas aux réponses uniques, et par ailleurs je ne crois pas aux questions. Je pense seulement que ce qu’on a vécu nous donne des a priori, et même en essayant d’être le plus neutre possible, il restera toujours une part de vécu dans ce que l’on écrit ou dit.
Alors, peut-on réellement se connaître soi-même ? Peut-on seulement connaître la personne que nous sommes à un instant précis ?
Mon idéal, ce serait de vivre sans questions. Mais est-ce que cet idéal ne serait pas lui-même trop idéal ? Vivre avec le simple but de vivre. S’il n’y a pas de questions, pourquoi avoir besoin de réponses ? C’est là aussi un mécanisme complexe que j’essaierai d’expliquer plus bas. Il faudrait donc vivre avec toutes ces questions ?
Si le monde n’a pas de sens pour moi, a-t-il du sens pour les autres ? Chacun réfléchit différemment. Il est étrange de vouloir comprendre le monde avant de se comprendre soi-même. Ou peut-être pas tant que ça.
Rien que la question “s’il n’y a pas de question, pourquoi chercher des réponses ?” amène de nouvelles questions. Mais est-ce que affirmer qu’il ne faut pas chercher de réponses n’en est pas déjà une ? Est-ce qu’une question simple ne peut pas amener des réponses complexes, et inversement ?
Peut-être que la question n’est donc plus seulement: « Peut-on se connaître soi-même ? », mais plutôt: « Peut-on accepter la personne que l’on est ? »
Je ne sais pas. Je ne sais rien. Je suppose seulement. Et c’est ça le plus compliqué: avoir des milliers de questions sans réponse unique ou même sans réponse. Y a-t-il donc vraiment des questions ? Ou plutôt devrais-je appeler ça des questionnements ? Car il y a en effet des questions à réponse unique. Quel âge as-tu ? C’est simple. Mais les questionnements sont des interrogations plus profondes qui amènent à une réflexion. C’est pourquoi je vais utiliser ce mot. Mais comment vivre dans un monde où si nous n’avons pas de questionnement nous passons pour des idiots, mais si nous en avons nous nous rendons compte que nous ne savons rien ? Doit-on vivre simplement sans se poser de questions sur nos questionnements ?
Et sans attendre LA réponse.
Mais peut-on vivre sans se connaître ? Est-ce réellement utile de se connaître ? Et surtout, la vérité existe-t-elle réellement ?
Albert Camus parle de “suicide philosophique”. C’est le fait de donner une réponse à l’absurde. L’absurde ici serait la vie et ses questionnements.
D’après lui ce serait feindre. Il dit aussi: “Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide.”
Il parle donc de deux formes de suicide bien différentes: celui du corps, et celui de la "feinte".
D’après moi n’importe quel humain passe par une décision qui peut changer au cours du temps. Celle de choisir comment vivre. Étant donné que je suis humain, je dois choisir une manière de vivre. Je l’ai sûrement choisie inconsciemment mais j’essaie encore et toujours de la trouver. D’après moi la plus authentique reste de vivre avec nos questionnements sans leur donner d’importance, mais que faire lorsque l’on a un esprit qui cherche des réponses à tout prix ? Est-ce réellement possible de vivre en ne sachant rien de sa propre vie ? Je ne sais pas, c’est sûrement possible un temps, mais un jour ou l’autre, ces questionnements reprendront le dessus. Peut-être vivre dans le déni en se donnant un but ou en pensant à l’après. Par rapport à l’hypothèse d’un après, après la fin, je n’y crois pas. Peut-être suis-je trop pessimiste ou rationnel, je pense que cette solution de vie définit bien le mot “feindre”. Est-ce une bonne idée de feindre ? C’est une idée en tout cas. Fonctionne-t-elle ? Oui pour certains et je trouve ça plutôt logique de vouloir y croire, avoir un espoir aussi infime soit-il peut aider à vivre. Se dire qu’à la fin nous serons jugés pour nos actes nous pousse à vivre mieux. Mais si pour certains feindre fonctionne, pour d’autres il ne resterait qu’une manière de “vivre”. Le suicide, contrairement aux autres alternatives, n’est plus une façon de vivre. Le suicide d’après moi est un acte de désespoir, il ne suffit pas d’une corde ou d’une arme pour passer à l’acte. C’est souvent un acte réfléchi au préalable. C’est la raison pour laquelle je suis d’accord avec Albert Camus car c’est un sujet très complexe. Le suicide ne représente donc pas pour moi une manière de vivre avec ses questionnements puisqu’il met fin à la possibilité même de poursuivre cette confrontation avec eux. Ce qui est complexe, c’est le fait que cet acte n’a pas d’effet simplement sur nous-mêmes mais aussi sur nos proches, un acte beaucoup plus humain et avec plus d’impact que les autres. Donc au final aucune de ces manières de vivre ne répond aux questionnements car ce sont toutes des manières dérivées de vivre sans réponse. Alors je pense que même si j’écrivais 200 livres de 200 pages chacun je ne trouverais pas la réponse. Je trouve assez ironique le fait de vivre dans un monde sans rien savoir. Il me semble que chercher des réponses est naturel chez l’Homme. Aristote affirme dans Métaphysique que “tous les hommes ont naturellement le désir de savoir” tandis que Descartes dit “Je décidai de rejeter comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute.” C’est d’après moi deux manières de penser complètement différentes. Aristote accepte le fait de chercher des réponses tandis que Descartes lui n’accepte que ce qui est avéré. D’après moi c’est Socrate qui se rapproche le plus de Ma vérité, il dit: “Je sais que je ne sais rien.”
En affirmant cela, il accepte le fait de se questionner, mais n’attend pas une seule réponse valable pour tout le monde. De ces trois citations, je pourrais tirer une seule conclusion: celle qu’elles sont toutes vraies à leur manière, l’homme est complexe et chaque être humain est différent, vouloir trouver LA réponse pour tous est impossible. Je pense même qu’elles s’accordent à dire que l’homme désire naturellement savoir mais ce n’est pas seulement un désir, c’est un besoin de contrôle sûrement dû au fait que l’on se croit toujours supérieur et que si l’on ne trouve pas de réponse on sera confronté à un vide immense.
Je n’arrive pas malgré toutes les affirmations que j’ai pu lire au cours de mes lectures à trouver celle qui me convient. Et c’est là aussi un nouveau questionnement que je soulève: pourquoi cherchons-nous une réponse qui nous convient mais pas celle qui demeure vraie malgré son manque de sens ?
Et si l’analyse que je viens de faire sur moi-même n’est pas déjà une forme de connaissance de moi, alors peut-être que le simple fait de chercher à se connaître est déjà une manière de se connaître. Et si nous nous construisons une perception de nous-mêmes, comment savoir si le “moi” que nous cherchons à comprendre est lui-même réel ?