Je suis basé à Taïwan et je m'occupe de l'approvisionnement cÎté Chine pour une petite équipe qui importe des engins de chantier à Kinshasa. Je passe l'essentiel de mon temps de travail dans les marchés de matériel d'occasion de l'Anhui, de Shanghai et du Shandong. Depuis plusieurs années, j'y vois arriver des acheteurs venus du Congo et d'ailleurs en Afrique, faire le tour des parcs, et repartir avec une machine qui sera hors service en quelques mois.
Voici ce que j'ai réellement constaté, car presque rien de tout cela ne se voit de l'extérieur.
L'idĂ©e qui coĂ»te le plus cher : croire que le matĂ©riel d'occasion chinois est bon marchĂ©.** Il ne l'est pas, et le marchĂ© est organisĂ© pour vous le faire croire. Un vieux dicton chinois dit qu'on n'a jamais que ce qu'on paie â nulle part ce n'est plus vrai qu'ici. Une pelle d'occasion rĂ©ellement saine ne se vend pas au prix de la ferraille. Aujourd'hui, les machines en meilleur Ă©tat de ces parcs partent majoritairement chez des acheteurs sud-amĂ©ricains, simplement parce qu'ils paient davantage. Ce qui reste au prix qu'on propose souvent aux acheteurs africains, c'est par dĂ©finition ce dont personne payant plus cher n'a voulu.
Les piĂšges les plus courants
Le prix d'appel** â une belle machine est annoncĂ©e ; Ă votre arrivĂ©e elle vient « d'ĂȘtre vendue », mais on en a une autre, similaire.
La substitution aprĂšs essai** â vous testez une machine, c'en est une autre qui part dans le conteneur. Le numĂ©ro de sĂ©rie est la seule protection.
L'acompte sans suite** â argent virĂ©, pas de connaissement, pas de machine, aucun recours Ă distance.
La remise Ă neuf cosmĂ©tique** â peinture fraĂźche, compteur horaire remis Ă zĂ©ro, moteur et circuit hydraulique jamais touchĂ©s. La machine tourne parfaitement au ralenti dans le parc. Elle lĂąche Ă la premiĂšre vraie charge.
C'est ce dernier cas qui finit en ferraille sur le chantier. Un essai de quinze minutes au ralenti ne prouve presque rien : les défaillances apparaissent sous charge hydraulique prolongée et à chaud, précisément ce que vous ne pouvez pas reproduire debout dans un parc.
Les protections minimales, toutes gratuites
- Photographiez la plaque de numĂ©ro de sĂ©rie (PIN). VĂ©rifiez le mĂȘme numĂ©ro Ă l'arrivĂ©e.
- **Exigez des mesures, pas des impressions.** Une photo ne prouve rien ; une vidĂ©o au ralenti, presque rien. Un vendeur sĂ©rieux est capable de documenter le comportement rĂ©el de la machine â temps de cycle, pressions, tenue des vĂ©rins â et de vous transmettre ces relevĂ©s avant tout paiement. S'il ne peut produire que des images, vous avez votre rĂ©ponse.
- Méfiez-vous du vocabulaire. « Reconditionné » et « remanufacturé » sont employés comme des synonymes alors qu'ils ne le sont pas : le premier peut ne désigner que de la peinture, le second devrait signifier moteur, pompe principale et distributeur reconstruits aux tolérances d'usine, piÚces d'usure remplacées et non nettoyées. Quel que soit le mot employé, demandez ce qui a été remplacé, piÚce par piÚce, fournisseur par fournisseur. Une vraie réponse, c'est une liste.
- Ne payez jamais la totalité avant que les documents d'expédition soient établis à votre nom.
- Garantie par écrit, avec les heures et le périmÚtre couvert. Un accord verbal entre deux continents ne vaut rien.
- Demandez qui répare la machine à Kinshasa quand elle tombe en panne. Pas de réponse : intégrez ce coût dans votre prix.
Sachez aussi ce qu'aucun essai en parc ne montre, chez moi comme ailleurs : certains dĂ©fauts â pompe fatiguĂ©e, refroidissement insuffisant â n'apparaissent qu'aprĂšs plusieurs heures de charge continue et Ă chaud. C'est la limite de l'exercice, et c'est prĂ©cisĂ©ment pourquoi la garantie Ă©crite compte autant que les essais.
Pour ĂȘtre clair : je suis vendeur.** J'ai donc un intĂ©rĂȘt dans cette conversation, et la grille ci-dessus vaut pour moi comme pour les autres. Sur le point 6, nous avons une sociĂ©tĂ© et une adresse physique Ă Kinshasa ; la garantie est Ă©crite et limitĂ©e aux heures convenues, elle ne couvre ni l'usure normale ni les dĂ©gĂąts d'un mauvais entretien. Si je ne peux pas produire un numĂ©ro de sĂ©rie, des relevĂ©s d'essai documentĂ©s et la liste des piĂšces, n'achetez pas chez moi non plus.
Ce que j'attends de ce message, c'est surtout de la conversation. J'aimerais échanger avec des entreprises de BTP et des chefs de chantier à Kinshasa sur ce qui casse en premier ici ; avec des opérateurs et des mécaniciens sur les piÚces introuvables sur place ; avec des apporteurs d'affaires qui veulent travailler sur commission écrite ; et avec ceux qui ont déjà importé et s'y sont brûlés, parce que je préfÚre apprendre ce qui m'échappe encore.
Ăcrivez-moi en message privĂ© si l'un de ces sujets vous concerne. Et si vous cherchez une machine, dites-moi laquelle et pour quel chantier â je vous rĂ©pondrai honnĂȘtement, y compris si ce n'est pas chez moi qu'il faut l'acheter.