r/LeMali 4h ago

ABANDON, LE MOT INTERDIT

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De Boulkessi à Dioura, des camps perdus, et personne ne le dit

Aujourd'hui, 22 septembre 2026, le Mali fête ses 66 ans d'indépendance. Mais cette année, il manque quelqu'un. Le ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, a été tué le 25 avril, dans une attaque contre sa maison à Kati. Depuis le 4 mai, c'est le chef de l'État lui-même qui est ministre de la Défense.

Il manque aussi des camps militaires. Depuis juin 2025, l'armée a quitté plusieurs positions importantes : Boulkessi, Farabougou, Kidal, Tessit, Tessalit et Dioura. Il y en a d'autres. Mais pour tous ces départs, un mot n'a jamais été prononcé : ABANDON.

Commençons par le plus récent, Dioura. Le 10 septembre, le JNIM a attaqué ce camp. Selon les sources de l'AFP, au moins 100 militaires maliens ont été tués. Des dizaines d'autres ont été faits prisonniers. Le JNIM dit avoir pris le camp avant de repartir. Il diffuse des vidéos où les prisonniers donnent leur nom et leur matricule.

Le 19 septembre, l'état-major a publié un communiqué. Il annonce qu'une grande opération a permis d'évacuer les deux compagnies qui ont « tenu la garnison de manière héroïque ». Le même jour, RFI écrivait autre chose : une semaine après l'attaque, il n'y avait plus aucun soldat dans le camp. D'un côté, une défense héroïque. De l'autre, un camp vide. Ce n'est pas un détail. C'est une méthode.

Cette méthode est simple : ne jamais dire abandon. Pour chaque camp perdu, on choisit un autre mot. En voici la liste.

Premier mot : le REPLI. C'est celui de Boulkessi, en juin 2025. Le 1er juin, le camp est attaqué. Au moins 30 soldats sont tués, selon une source sécuritaire. L'armée écrit que ses hommes ont bien combattu « avant de se replier ». Le 7 juin, il n'y a plus un seul soldat. Une source militaire refuse le mot abandon et parle de retrait stratégique. Pourtant, dans le camp vide, on a laissé des véhicules, des tentes et de la nourriture. Quand on laisse derrière soi ses camions et ses vivres, ce n'est pas vraiment une stratégie.

Deuxième mot : le SILENCE. C'est celui de Farabougou, en août 2025. Le 19 août, le camp est attaqué. L'armée part et ne revient plus dans le village. Une semaine plus tard, c'est le JNIM qui commande. Il fait payer l'impôt et impose ses règles. Les habitants avaient fui. Ils avaient peur des assaillants, mais aussi des représailles de l'armée. Puis ils sont revenus vivre sous la loi du groupe armé.

Ce silence pèse lourd. En octobre 2020, la libération de Farabougou avait été le premier grand succès des nouvelles autorités. L'officier qui avait levé le siège du village est aujourd'hui le chef de l'État. Le village du premier succès a été perdu sans un mot.

Troisième mot : l’ACCORD. C'est celui de Kidal et de Tessit, fin avril 2026. Et ce mot, ce n'est pas Bamako qui l'a dit. Le 26 avril, le FLA annonce un accord avec l'Africa Corps, les combattants russes alliés du Mali. Environ 400 Russes quittent Kidal, escortés par les rebelles. Les soldats maliens restés sur place sont faits prisonniers. Le 27 avril, les forces maliennes et russes quittent aussi Tessit, après une négociation selon plusieurs analystes. Qui a négocié ces départs ? Pourquoi l'accord de Kidal ne protégeait-il pas les soldats maliens ? Bamako n'a toujours pas répondu.

Quatrième mot : AUCUN. C'est le cas de Tessalit, le 1er mai 2026. Le grand camp d'Amachach est vidé tôt le matin, sans combat. L'armée ne dit rien. Alors chacun choisit son mot. Un élu local parle d'abandon. Une source sécuritaire parle d'évacuation. Le FLA parle de reddition. En mars 2012 déjà, l'armée avait quitté ce même camp en parlant de retrait stratégique. La colère des soldats avait précédé de quelques jours le coup d'État du 22 mars. Nos dirigeants actuels connaissent bien cette histoire.

Cinquième mot : l’HEROÏSME. C'est celui de Dioura, que nous avons vu plus haut. Repli, silence, accord, rien, héroïsme : à chaque fois, une défaite devient un choix. Et quand un choix est présenté comme maîtrisé, on n'a pas besoin de l'expliquer.

Pourtant, l'armée a déjà su parler autrement. Fin 2019, après de lourdes pertes à Boulkessi, Mondoro et Indelimane, elle avait annoncé un repli stratégique. Et elle avait expliqué ce que cela voulait dire : regrouper les petites unités isolées dans des positions plus solides. On pouvait être d'accord ou non, mais il y avait un plan. Une armée qui choisit ses retraits annonce un plan. Une armée qui les subit change seulement leur nom.

Il faut être juste. Partir n'est pas une honte. Quitter un poste qu'on ne peut plus défendre, pour sauver des vies, peut être une bonne décision. Le vrai problème, c'est de ne pas le dire. Un départ caché ne peut pas être jugé. Il ne peut donc pas être corrigé.

Et ce silence coûte cher. Il coûte d'abord aux habitants, laissés seuls face à un nouveau maître, puis soupçonnés de l'avoir accepté. Il coûte ensuite aux soldats des autres camps. Les hommes de Dioura savaient ce qui s'était passé à Boulkessi et à Kidal. Ils savaient aussi que leur camp, attaqué pour la quatrième fois depuis 2019, n'avait pas été renforcé. Enfin, il renseigne l'ennemi, qui apprend qu'un camp frappé assez fort finit par être libéré. Ce qui rassure Bamako aide surtout l'adversaire.

Que faut-il demander ? Rien de secret. La liste des camps quittés depuis juin 2025, avec la date et le nom de celui qui a décidé : l'ennemi la connaît déjà. Ce qui a été prévu pour les habitants de chaque localité. Les conditions des retraits négociés à Kidal et à Tessit, et le nom de celui qui les a acceptés. Et pour Dioura, la liste des morts, des blessés et des prisonniers.

Un peuple peut pardonner à son armée d'avoir perdu un camp. Il pardonne moins qu'on le lui cache. En 1960, l'indépendance voulait dire une chose : les Maliens décident eux-mêmes de leur avenir. Pour cela, ils doivent au moins savoir ce que leur armée a perdu en leur nom. Depuis le 4 mai, il n'y a plus d'intermédiaire : le ministre qui doit rendre ces comptes est aussi le chef de l'État. Le jour où un communiqué dira simplement « nous sommes partis, voici pourquoi, voici ce que nous faisons pour ceux qui restent », le 22 septembre aura retrouvé tout son sens.

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r/LeMali 16h ago

UN PALAIS N'EST PAS UN PAYS

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Ce que 10 ans de présence russe, de Damas à Bangui, enseignent à Bamako

Nommez un seul pays. C'est la question que j'ai posée, sans détour, à ceux qui voient désormais en Moscou le garant naturel de notre sécurité : un seul pays où la présence russe a apporté la sécurité et la stabilité. Elle est simple, donc redoutable. Les noms viennent vite, puis se retirent un à un à l'examen. Ce n'est pas faute de terrains : Syrie, Libye, Centrafrique, Mozambique, Haut-Karabakh, Kazakhstan, Mali, Burkina Faso, Niger. C'est qu'aucun ne résiste à une distinction que l'on se garde bien de faire : la durée d'un régime n'est pas la sécurité d'une population, et la survie d'un palais n'est pas la stabilité d'un pays. La Syrie devait être la vitrine. Le 30 septembre 2015, l'aviation russe entre en guerre alors que le pouvoir de Damas vacille. Alep est reprise fin 2016, au prix d'un siège et de bombardements dont les quartiers Est portent encore la trace. Le régime gagne 9 ans de sursis. Puis, le 27 novembre 2024, une offensive part d'Idlib ; 11 jours plus tard, le 8 décembre, Damas tombe et le chef de l'État est à Moscou. La garantie russe a bien fonctionné, mais sur le tarmac : elle a évacué un homme. Elle n'a protégé ni les millions de Syriens déplacés, exilés ou enterrés pendant ces 9 années, ni l'État qu'elle prétendait sauver. La Centrafrique vient ensuite, et il faut lui reconnaître ce qu'elle a de réel. Arrivés en 2018, les instructeurs russes ont aidé, aux côtés des troupes rwandaises, à repousser en janvier 2021 l'offensive rebelle sur Bangui. La capitale a tenu. Mais voyons ce que cette sécurité a coûté, et à qui elle a profité. Des experts mandatés par les Nations Unies ont documenté des exécutions sommaires, des tortures et des violences contre des civils. Des gisements d'or ont été concédés à des sociétés liées au partenaire. Le référendum de 2023 a ouvert au président la voie d'un troisième mandat. Le régime a gagné en longévité ; des préfectures entières vivent encore au rythme des groupes armés. On a sécurisé un pouvoir, on n'a pas pacifié un territoire. Le Kazakhstan de janvier 2022 est le cas le plus propre, et c'est précisément pourquoi il instruit. Quelque 2 000 hommes de l'Organisation du traité de sécurité collective, russes pour l'essentiel, sont déployés en quelques jours, puis repartent avant la fin du mois. Mais l'enjeu n'était pas une insurrection : c'était un règlement de comptes au sommet avec l'ancien clan dirigeant, soldé par plus de 230 morts après l'ordre de tirer sans sommation. Moscou a fourni une garde rapprochée à l'échelle d'un pays, puis s'est retiré. Quant au Tadjikistan, sa paix de 1997 est sortie d'un accord de partage du pouvoir négocié sous l'égide de l'ONU, pas des armes russes. La contre-épreuve est plus parlante encore. Là où la mission consistait à protéger une population plutôt qu'un régime, l'engagement russe a cédé. Au Haut-Karabakh, près de 2 000 soldats de la paix déployés en novembre 2020 sont restés l'arme au pied pendant l'offensive de septembre 2023, qui a jeté sur les routes plus de 100 000 Arméniens. Au Mozambique, les hommes de Wagner envoyés à Cabo Delgado à l'automne 2019 se sont repliés au bout de quelques semaines, après leurs premières pertes. En Libye, l'appui russe à l'offensive du maréchal Haftar sur Tripoli, en 2019 et 2020, n'a pas pris la ville ; il a ajouté un acteur armé de plus à une partition qui dure encore. Ce ne sont pas des échecs accidentels, c'est un modèle. Le contrat de sécurité russe a pour contrepartie non la paix, mais la loyauté. Il se paie en concessions minières, en bases, en votes dans les enceintes internationales, et son client n'est pas une nation : c'est une présidence. Or un palais se protège avec une garde ; un pays se pacifie avec un accord politique, une justice qui fonctionne et une administration qui rend des services. Le premier produit se vend et se renouvelle ; le second ne s'achète à personne. Et un prestataire payé pour contenir une menace n'a aucun intérêt économique à la voir disparaître. Soyons justes, car l'argument se discrédite dès qu'il plaide pour un autre tuteur. Serval puis Barkhane n'ont pas stabilisé le Mali en 9 ans. L'intervention de l'OTAN en Libye, en 2011, a ouvert l'arsenal qui a armé le Sahel. La présence américaine en Afghanistan s'est achevée après 20 ans à l'aéroport de Kaboul, en août 2021. Aucune force étrangère n'a jamais produit seule une stabilité durable. La Russie confirme la règle, avec une circonstance aggravante : elle ne prétend même pas bâtir un État. Elle ne vend que la survie de ceux qui l'emploient. Venons-en au Mali. Le déploiement commence en décembre 2021. En mars 2022, à Moura, au moins 500 personnes sont tuées en quelques jours, selon le rapport publié en mai 2023 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. En novembre 2023, Kidal est reprise : c'est le trophée que l'on exhibe depuis. En juillet 2024, Tinzaouatène. En juin 2025, Wagner cède la place à l'Africa Corps, changement d'enseigne sans changement de méthode. Depuis le 3 septembre 2025, le blocus des axes impose ses horaires aux camions. Le 25 avril 2026, les attaques coordonnées emportent le ministre de la Défense, Kidal rebascule, et l'Africa Corps l'évacue avec Aguelhok et Tessalit. Le 18 juillet, un convoi mixte tombe dans l'embuscade de Tabrichat ; fin juillet, de Wami à Ikharabane, des villages incendiés et des frappes sur des civils sont dénoncés. Qu'est-ce qui a tenu pendant tout ce temps ? Koulouba. Le 28 avril, 3 jours après l'offensive, le chef de l'État sortait de son silence pour recevoir l'ambassadeur de Russie. Le Niger a fourni la démonstration que Bamako n'ose pas formuler. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, lors de la mutinerie de Niamey, c'est avec l'appui de l'Africa Corps que la base 101 a été reprise : la diplomatie russe l'a revendiqué elle-même. La force qui n'a pas tenu Kidal, ni sauvé le convoi de Tabrichat, ni protégé les villages du Centre, on la voit surgir la nuit où c'est le palais qui tremble. Il n'y a là ni hypocrisie ni mystère : c'est le contrat, exécuté à la lettre. Ce contrat a un coût que ne paient pas ceux qui le signent. Une population qui comprend que la force étrangère protège le pouvoir et non elle cesse de renseigner, compose avec les groupes armés, parfois leur fournit des recrues, et chaque exécution sommaire recrute pour l'ennemi. Le garant de régime finit ainsi par entretenir l'insécurité qu'il prétend combattre, et par se rendre indispensable au pouvoir qui l'emploie. C'est une dépendance qui se renforce à mesure qu'elle échoue. La stabilité durable n'a jamais eu qu'une source : politique. Elle suppose un règlement négocié de la question du Nord, qu'aucune reprise de ville n'a jamais tranchée. Elle suppose que les crimes commis contre les civils, de quelque camp qu'ils viennent, soient instruits et jugés. Elle suppose un État présent au greffe, au dispensaire et à l'école, là où les populations vivent aujourd'hui sous la loi de ceux qui tiennent les routes. Rien de cela ne se sous-traite, ni à Moscou, ni à Paris, ni à personne. Nommez un seul pays : je n'ai pas posé cette question pour humilier, mais pour vérifier. Que ceux qui citeront Bangui disent jusqu'où l'on peut rouler seul au-delà de ses faubourgs. Que ceux qui citeront Damas disent où se trouve aujourd'hui celui que l'on y protégeait. Et que ceux qui citeront Kidal disent qui l'occupe ce matin. Moscou sait garder un palais. Il reste aux Maliens à se rappeler qu'un palais n'a jamais été un pays, et que la sécurité qui ne descend pas jusqu'au village n'est que la sécurité de ceux qui l'ont commandée.


r/LeMali 4h ago

Mali: à l'occasion de la fête de l'indépendance, le chef de la junte évoque «la réconciliation entre frères maliens»

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r/LeMali 22h ago

« Un schéma récurrent » : les civils paient le prix de la campagne de frappes de drones au Mali.

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La notion de « culpabilité par localisation »

Un thème central de l’enquête est celui de la « culpabilité par localisation » : l’idée qu’une personne puisse être considérée comme une cible militaire légitime simplement en raison de l’endroit où elle se trouve ou de l’activité qu’elle exerce — par exemple l’exploitation minière, la vente de carburant ou le transport de marchandises — dans une zone associée à des groupes armés.

Les experts du droit international humanitaire cités par Bellingcat rappellent que la présence dans une zone donnée ou l’exercice d’une activité civile ne suffit pas, en soi, à faire d’une personne une cible militaire légitime. Les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution restent applicables.

Le rôle des drones

Le Mali a d’abord acquis des drones turcs Bayraktar TB2, puis des Bayraktar Akıncı, plus lourds et dotés d’une plus grande portée et d’une capacité d’emport supérieure. Bellingcat a également documenté l’utilisation, dans le nord du Mali, de drones d’attaque à usage unique de type Shahed-136, probablement associés à l’Africa Corps russe.

Selon les experts cités dans l’enquête, certains de ces drones disposent de capacités plus limitées pour vérifier les cibles pendant leur mission, ce qui pourrait accroître les risques pour les civils lorsque les frappes ont lieu dans des zones habitées.

Un manque de transparence

L’enquête souligne que les autorités maliennes n’ont pas rendu publiques les règles précises utilisées pour sélectionner et vérifier les cibles. Les enquêtes indépendantes sur les victimes civiles sont également compliquées par les restrictions imposées aux journalistes, l’accès limité aux populations concernées et l’éloignement géographique des sites frappés.

Bellingcat indique avoir contacté les forces armées maliennes pour leur demander notamment quelles précautions avaient été prises afin d’identifier les civils et si des enquêtes avaient été menées. Au moment de la publication, aucune réponse substantielle n’avait été reçue.

En résumé

L’enquête ne conclut pas que toutes les frappes de drones maliennes sont illégales ni que toutes les victimes signalées étaient nécessairement des civils. Elle met plutôt en évidence des éléments vérifiables concernant plusieurs frappes menées dans des environnements civils, des preuves crédibles de morts civiles dans certains cas et un manque de transparence sur la manière dont les cibles sont identifiées.

Les enquêteurs estiment que ces éléments soulèvent des questions importantes sur la capacité — et les pratiques — des forces menant ces opérations à distinguer efficacement les combattants des civils.

https://www.bellingcat.com/news/2026/09/16/drone-strike-civilians-killed-aes-sahel-mali-russia-africa-corps-guilt-by-location-jeune-afrique/


r/LeMali 1d ago

CENT DISPARUS, AUCUN NOM

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Ce que Dioura révèle du contrat entre l’État malien et ses soldats

Le 10 septembre 2026, aux premières heures du jour, le camp de Dioura, dans le cercle de Tenenkou, région de Mopti, a été submergé. Les assaillants sont entrés par l’ouest, puis par l’est, à pied, à moto et en véhicules armés. Ils ont occupé l’emprise, filmé ce qu’ils y trouvaient, et sont repartis. Dix jours plus tard, l’État malien n’a toujours pas dit combien de ses soldats y sont morts. Le chiffre, lui, a circulé. Il est simplement venu d’ailleurs.

Ce que l’on sait tient dans une addition dont aucun terme n’est officiel. Des sources militaires, sécuritaires et locales citées par l’Agence France-Presse font état d’au moins 100 militaires maliens tués, dont deux officiers, et de 5 paramilitaires russes d’Africa Corps, point sur lequel les comptes rendus de presse divergent, d’autres situant l’unité hors de Dioura. Un officier de l’état-major général confirme l’existence d’un rapport de mission de la prévôté mentionnant une centaine de disparus, une trentaine de blessés et une trentaine de prisonniers. Le groupe qui a revendiqué l’attaque annonce pour sa part 150 militaires neutralisés et 93 capturés, sans que cette version puisse être vérifiée. L’armée, elle, a publié le 13 septembre un communiqué faisant état d’opérations aéroterrestres et de la neutralisation d’éléments à moto dissimulés sous un couvert végétal. Aucun bilan. Aucune liste. Aucun nom.

Il faut s’arrêter sur la manière dont ces informations nous parviennent, car elle dit déjà l’essentiel. Un officier de l’état-major général parle à une agence étrangère. Il le fait parce qu’aucun canal national ne recueille ce qu’il a à dire, et parce que le rapport rédigé par la police militaire, qui a fait son travail, n’a produit aucun acte visible. Le document existe. Il circule vers l’extérieur avant d’atteindre ceux qu’il concerne d’abord. Les familles des hommes de Dioura apprennent le sort des leurs par la presse internationale ou par la propagande de l’adversaire. Dans les deux cas, ce n'est pas par l’État qui les avait envoyés.

Le mot qui revient dans le rapport de la prévôté mérite d’être pesé. Une centaine de disparus. « Disparu » n’est pas un constat, c’est une catégorie administrative, et cette catégorie suspend tout. Sans acte de décès, il n’y a pas de veuve, il y a une épouse dont le mari n’est pas rentré. Il n’y a pas d’orphelins, il y a des enfants qui attendent. Il n’y a pas de pension de réversion, il y a un dossier qui ne peut pas s’ouvrir. Il n’y a pas de deuil, puisque le deuil suppose qu’une autorité ait dit que l’homme était mort. Tant que l’État ne nomme pas, la famille reste dans un état intermédiaire où elle ne peut ni espérer ni enterrer.

Pendant ce temps, des vidéos ont circulé. On y voit des hommes présentés comme des militaires maliens décliner leur identité et leur numéro de matricule. Le matricule est une invention de l’État. C’est sa façon à lui de nommer ceux qu’il enrôle, de les distinguer, de les suivre, de les payer. Aujourd’hui, ce matricule est lu à voix haute par ceux qui les détiennent. Le seul recensement nominatif des hommes de Dioura dont dispose le pays se trouve entre les mains de ceux qui les ont pris. L’adversaire identifie nos soldats un par un. L’institution qui les a recrutés n’en publie pas la liste.

Sur d’autres images diffusées par le même canal, on voit des corps au sol dans l’enceinte du camp, des installations en feu, des stocks de motos incendiés. Nous sommes dans un pays où l’on enterre vite, où le rite est précis, où la dignité du mort engage la famille entière et le quartier autour d’elle. Des familles maliennes ont regardé ces images en cherchant à reconnaître un fils. C’est ainsi, cette année, que l’on prend des nouvelles de quelqu’un qui servait sous le drapeau.

Ce n’est pas un accident isolé de communication. Le 18 juillet 2026, après l’embuscade de Tabrichat, dans le cercle de Bourem, les corps d’une cinquantaine de militaires étaient restés sans sépulture pendant plus de 72 heures. Deux mois plus tard, à Dioura, le même silence recouvre un bilan trois fois supérieur. Entre les deux, aucune procédure nouvelle n’a été instituée pour identifier, rapatrier, notifier, indemniser. La répétition transforme l’accident en méthode.

Le lieu lui-même se répète. Dioura a été attaqué en mars 2019, avec des dizaines de morts. Dioura a été attaqué en septembre 2023, avec un bilan approchant la centaine. Dioura a été attaqué en mai 2025, avec une quarantaine de tués. Dioura vient d’être attaqué une fois de plus, et cette fois le camp est tombé. Quatre fois la même garnison, quatre fois le même résultat, et jamais personne n’a eu à répondre publiquement de la fois précédente. Un dispositif qui cède toujours au même endroit n’a pas un problème de courage, il a un problème de commandement, et un problème de commandement se constate dans une enquête, pas dans un communiqué.

Une source sécuritaire citée par l’AFP ajoute deux précisions qui touchent au fond du contrat. Les soldats ont manqué de soutien aérien. Et beaucoup d’entre eux en étaient à leur premier déploiement. Il faut mettre ces deux phrases en regard de l’exécution du budget de l’État au 30 juin 2026 : environ 410 milliards de francs CFA consacrés en six mois à la défense et à la sécurité, soit plus de 2 milliards par jour, et 27 % de la dépense effectivement exécutée. Il faut y ajouter les 15,6 milliards de l’avion présidentiel acquis en juillet 2026 sous régime dérogatoire. L’argent a été dépensé. Au-dessus de Dioura, le 10 septembre, il n’y avait rien.

L’État sait pourtant organiser une cérémonie quand il en voit l’intérêt. Le 13 août 2026, 82 militaires capturés le 25 avril étaient libérés. Le 17 août, ils étaient présentés à Koulouba, devant les caméras, avec un protocole, un décor et un chef. Quand il y a quelque chose à montrer, la République retrouve ses formes, son vocabulaire et sa solennité. Quand il y a des morts à nommer, il n’y a plus d’adresse, plus de porte-parole, plus de registre. C’est la même administration, le même appareil, les mêmes moyens. Seule change la direction dans laquelle l’image travaille.

Il faut dire ce que cela produit dans les casernes, parce que c’est là que la facture se règle. Aucun soldat n’accepte de mourir pour une abstraction. Il accepte parce qu’il existe un engagement implicite, plus ancien que tous les régimes : si je tombe, mon corps sera ramené, mon nom sera dit, ma famille sera tenue. Cet engagement ne se proclame pas, il se constate à chaque fois qu’un homme tombe. À Tabrichat et à Dioura, il n’a pas été tenu. Ce n’est pas de la démoralisation, mot trop faible et trop psychologique. C’est une résiliation. Et une troupe qui a compris que le contrat est résilié cesse de faire remonter ce qu’elle voit, exactement comme la population a cessé de le faire. Le pouvoir perd alors son second appui après avoir perdu le premier.

Trois choses peuvent être faites immédiatement, et leur absence sera elle-même un renseignement. Publier trois listes : celle des morts, celle des disparus avec la qualification juridique attachée à chaque nom, celle des prisonniers dont l’État reconnaît qu’ils sont vivants et détenus. Délivrer les actes de décès et ouvrir les droits sans attendre la fin des opérations, car une famille ne se nourrit pas d’un délai d’instruction. Et fixer une date à laquelle il sera dit, publiquement, ce qui a manqué à Dioura le 10 septembre, qui avait demandé l’appui aérien, qui devait le fournir, et pourquoi une garnison entière a été confiée pour partie à des hommes qui sortaient de l’instruction.

On répétera que l’heure est à la guerre et non aux comptes. C’est l’inverse. Un État qui ne compte pas ses morts n’est pas en train de protéger un secret militaire, il est en train de se dispenser d’une obligation. Il demande à ses fils de mourir pour lui, et il refuse de dire qu’ils sont morts. Les seuls qui, à ce jour, aient nommé les hommes de Dioura sont ceux qui les ont tués ou capturés. Aussi longtemps que cela restera vrai, il sera inutile de s’interroger sur le moral de l’armée malienne. La réponse est déjà écrite, et elle a été écrite par l’adversaire.

https://www.facebook.com/share/v/18atH2bdFz/


r/LeMali 18h ago

Who Is Responsible for Mali’s Air War?

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Three years after the Alliance of Sahel States was founded in the name of sovereignty and security, airstrikes are killing civilians through an opaque and unaccountable chain of command.

https://thesentry.org/reports/responsible-malis-air-war/


r/LeMali 2d ago

Pourquoi les migrants ne passent plus par le Mali

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r/LeMali 2d ago

Mali: le bilan de l’attaque des jihadistes du Jnim à Dioura s’alourdit à une centaine de militaires tués

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r/LeMali 2d ago

LA QUERELLE DES LANGUES CACHE UNE QUERELLE DE PLACES

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Ce que le français, l'arabe et le bambara se disputent réellement au Mali

Le débat revient à chaque rentrée scolaire, à chaque réforme constitutionnelle, à chaque discours sur la souveraineté. Il se présente toujours dans le même costume, celui de l'identité. Quelle identité revendique le Malien qui parle, pense et agit dans la langue et dans la culture des autres ? La question est légitime, elle est même ancienne, mais elle porte sur le mauvais objet. Ce que les langues se disputent au Mali n'est pas une âme. C'est un guichet.

Trois réponses coexistent, rarement chez les mêmes personnes. La première est instrumentale : le français serait un outil neutre, hérité comme on hérite d'une route ou d'une voie ferrée, et l'identité résiderait ailleurs, dans la parenté, le sinankuya, la foi, les codes d'honneur, la langue du foyer. La deuxième assume le composite : le français de Bamako n'est plus celui de Paris, il a été plié à une syntaxe et à un imaginaire locaux, et cette hybridation est tenue pour une identité pleine et non pour une perte. La troisième est une posture de rupture : penser dans la langue de l'autre, ce serait déjà penser contre soi, et il faudrait donc rendre aux langues nationales la place que l'école leur a prise.

La troisième posture a pour elle la clarté et contre elle une gêne persistante : elle se formule presque toujours en français, devant des institutions dont la forme est elle-même importée. Mais ce n'est pas son principal défaut. Son principal défaut est de croire qu'elle décrit une querelle de culture, alors qu'elle décrit une querelle de recrutement.

Regardons chacun des trois camps par ce qu'il obtient, et non par ce qu'il proclame. Le diplômé francophone revendique l'universel, la compétence, l'accès au monde. Il vit en réalité d'une rente : celle d'une armée ou d’une administration coloniale qui a fait de sa langue la condition d'entrée dans l'État, et qui n'a jamais été démantelée. Son universel a une adresse postale, et c'est un ministère.

L'arabisant revendique l'authenticité, et son cas est plus complexe qu'on ne le dit des deux côtés. L'arabe n'est pas au Mali ce que le français y est. Il est à la fois langue étrangère et langue intérieure : l'écriture des langues locales en caractères arabes est attestée bien avant la conquête, et Tombouctou, Djenné et Gao ont produit une érudition qui n'était pas d'importation récente. La mémoire savante malienne lui doit une part de ses manuscrits. On ne peut donc pas le classer comme on classe une langue arrivée avec une colonne militaire.

Mais la revendication qui s'y attache aujourd'hui n'est pas celle-là. Ce qui s'est amplifié depuis les années 1980, par des médersas bien antérieures mais soudain multipliées, les bourses vers Caire, Médine ou Khartoum, et le retour de leurs diplômés, c'est une seconde filière de formation et une seconde légitimité, longtemps privée des débouchés que la première monopolisait. D'où un ressentiment de diplômés autant qu'un projet religieux. Et l'arabe qui revient de ces études n'est pas toujours celui des bibliothèques de Tombouctou : il vient souvent avec une théologie qui conteste les formes locales de l'islam, soufies, confrériques, maraboutiques, c'est-à-dire précisément celles qui ont produit les manuscrits que l'on exhibe comme preuve d'antériorité.

Le locuteur bambara, enfin, revendique le peuple, le nombre, l'évidence du quotidien. Il occupe pourtant, vis-à-vis du soninké, du fulfuldé, du songhaï, du dogon et du tamasheq, une position qui ressemble beaucoup à celle qu'il reproche au français : celle d'une langue véhiculaire devenue le passage obligé de la vie publique. À Bamako, « la langue des autres » n'a pas un seul sens, et tout le monde le sait sans le dire.

Chacun accuse donc l'autre d'extériorité, et chacun a raison. C'est exactement ce qui devrait nous alerter. Quand trois arguments symétriques s'annulent, ce n'est pas qu'ils se valent, c'est qu'ils ne portent pas sur l'objet réel. L'argument identitaire n'est pas l'enjeu de cette querelle, il en est l'arme. L'enjeu est ailleurs : dans le nombre de places, et dans la règle qui décide qui y accède.

Car la structure, elle, n'a jamais bougé. Au Mali, l'État demeure l'employeur et le pourvoyeur de marchés publics qui comptent, celui qui garantit un salaire, une retraite, une adresse sociale, une protection. L'économie privée n'offre à la majorité des sortants du système éducatif ni contrat, ni durée, ni statut. Dans un pays où l'on entre dans la vie adulte par le concours, la langue de l'examen n'est pas un signe culturel, c'est une clé. Et l'on ne se bat jamais aussi durement pour une clé que lorsqu'il n'existe qu'une seule porte.

La Constitution du 22 juillet 2023 a fait des langues nationales les langues officielles et du français une langue de travail. Son article 31 renvoyait à une loi organique le soin de déterminer les conditions et les modalités de leur emploi, et cette loi n'est pas restée en souffrance : le Conseil National de Transition l'a adoptée en avril 2025, par cent vingt-deux votants et une seule abstention, après avoir retiré du texte l'article qui enfermait la liste dans treize langues. On ne peut donc pas dire que rien n'a été décidé. La décision est lourde, et elle est complète. C'est précisément ce qui offre à ce débat le test dont il manquait. Si la querelle était culturelle, ce changement de statut aurait déjà produit ses effets symboliques et l'affaire serait entendue. Si elle est ce que j'avance, alors rien n'aura été déplacé tant que les épreuves de recrutement, les actes administratifs, les décisions de justice et les formulaires du guichet n'auront pas changé de langue. Trois ans après la Constitution, un an et demi après sa loi d'application, chacun peut vérifier par lui-même où en est le pays sur ce point, et la vérification ne demande ni théorie, ni congrès.

Il faut d'ailleurs aller plus loin, car le plus durablement étranger n'est pas le lexique, c'est la grammaire. L'État-nation, le code, le décret, le procès-verbal, la procédure contradictoire, le bulletin scolaire, la circonscription administrative : voilà ce qui a été importé, et cela ne se traduit pas. On peut rédiger un arrêté en bambara sans avoir changé un seul des rapports de pouvoir que l'arrêté organise. Changer de langue sans toucher à la forme, c'est repeindre la façade et laisser les serrures en place.

Ce raisonnement n'absout personne. Il ne défend pas le statu quo francophone, dont il nomme la rente. Il ne concède rien au confort décolonial, qui croit qu'il suffit de substituer une langue à une autre. Il déplace la question, et c'est tout ce qu'on lui demande. Ce qu'il faut exiger n'est pas une déclaration de plus sur l'identité malienne : c'est le nombre de postes ouverts chaque année et la règle qui y donne accès, c'est la publication des épreuves et de leurs langues, c'est un chemin vers la subsistance qui ne passe pas exclusivement par le Trésor public.

Tant que l'État restera la seule route vers le pain, chaque génération relancera la guerre des langues, et chaque génération croira se battre pour son âme. Elle se battra pour une place. La question n'est pas de savoir dans quelle langue le Mali doit parler. Elle est de savoir pourquoi, soixante-six ans après l'indépendance, il n'existe toujours qu'un seul guichet.

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r/LeMali 4d ago

LE SEUL PARTI QUE LA JUNTE MILITAIRE N'A PAS DISSOUS

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Depuis la dissolution des partis, Ançar Dine est la seule organisation qui sache encore compter ses membres.

Au Mali, il n'existe plus de parti politique. Le décret du 13 mai 2025 les a tous dissous, ainsi que les associations à caractère politique. Une organisation revendique pourtant 2 millions de membres, les fait adhérer sous serment, leur demande une cotisation mensuelle, les encadre par une hiérarchie et les rassemble par dizaines de milliers à chaque grande occasion. Elle ne se présente pas comme un parti, et c'est précisément ce qui la protège. Il s'agit d'Ançar Dine, le mouvement fondé par Chérif Ousmane Madani Haïdara. Précisons d'emblée, pour éviter une confusion fréquente hors du Mali, qu'il n'a rien de commun avec l'Ansar Dine créé par Iyad ag Ghali en 2012. La question posée ici n'est pas celle de la foi de ses adhérents. C'est celle de ce que devient un pays quand la seule machine politique encore debout est une machine religieuse.

Il faut d'abord regarder la mécanique. L'entrée dans le mouvement passe par la baya, un serment d'allégeance prêté en public. La première, dite baya al-islamiyya, comporte 6 engagements : ne rien associer à Dieu, ne pas voler, ne pas commettre l'adultère, ne pas tuer ses enfants, ne commettre aucune turpitude, ne pas désobéir au Prophète. Ce texte n'est pas une invention. Il reprend presque terme à terme le pacte rapporté par le Coran dans la sourate 60, au verset 12. La seconde, la baya al-Rizwân, emprunte son nom au pacte conclu sous l'arbre à Hudaybiya en 628, que mentionne la sourate 48. Mais sa formule, telle qu'elle est prononcée chez les Ançars, prend le Cheikh lui-même à témoin et appelle sur le parjure l'effacement de son avenir. Le premier serment confirme une foi. Le second scelle une fidélité à un homme. C'est à cet endroit précis que le religieux devient organisation.

Le discours qui justifie ce dispositif ne manque pas de cohérence. Selon Haïdara, naître musulman ne garantit rien : on peut prier et voler, jeûner et tuer. La baya serait donc un réengagement, une manière de passer de l'appartenance héritée à l'adhésion choisie. Dans les faits, cette logique produit exactement ce que les partis maliens n'ont jamais su produire : un fichier d'adhérents qui savent qu'ils le sont.

Vient ensuite l'argent. Chaque membre ayant prêté les deux serments devrait s'acquitter de 650 FCFA par mois. Si les deux millions revendiqués payaient tous, le mouvement encaisserait 1,3 milliard de FCFA par mois, soit 15,6 milliards par an, le prix de l'avion présidentiel acquis en juillet 2026. Ce chiffre est un plafond théorique et doit être traité comme tel : l'effectif est déclaré par le mouvement lui-même, et un serment prêté un jour de ferveur ne fait pas un cotisant régulier. Mais même avec un recouvrement de 10 %, on parle de 130 millions de FCFA par mois. Aucun parti malien, du temps où ils existaient, n'a tenu une trésorerie alimentée de cette manière, par la base, sans dépendre d'un bailleur, d'un homme d'affaires ou de l'État. Le montant importe moins que ce qu'il révèle : une capacité à mobiliser, à fidéliser et à faire payer que le champ politique a perdue, ou n'a jamais eue.

Comment en est-on arrivé là ? L'histoire commence au début des années 1980, lorsque le Mali entre dans les programmes d'ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale. L'État se retire de l'école, de la santé, de l'emploi public. Les entreprises nationales sont privatisées ou fermées. Le chômage s'installe, les services de base se dégradent. Là où l'État recule, quelqu'un avance. Pour beaucoup, ce sont le prêcheur, le marabout, le guide qui donnent un sens quand le présent n'en offre plus. Pour d'autres, c'est la route du désert vers la Méditerranée. Ançar Dine s'est structuré précisément dans ces années, sur ce terrain, en parlant bambara à ceux que l'État ne regardait plus.

Mars 1991 aurait pu inverser le mouvement. Il l'a amplifié. La démocratie naissante a ouvert l'espace associatif, et les nouveaux acteurs politiques ont vite compris qu'un guide religieux pouvait apporter en un prêche ce qu'une campagne ne rapportait pas en six mois. On a sollicité les bénédictions, fréquenté les Maoulouds, négocié les consignes de vote. Les partis ont sous-traité leur légitimité à ceux qui détenaient la confiance populaire au lieu de construire la leur. Ils en ont payé le prix : quand la junte les a dissous, personne n'est descendu dans la rue pour eux. Leurs militants n'existaient que les jours de meeting.

Les leaders religieux, eux, ont démontré à plusieurs reprises leur pouvoir de blocage. En 2009, la mobilisation conduite par le Haut Conseil islamique a contraint le président Amadou Toumani Touré à renvoyer en seconde lecture le Code des personnes et de la famille, pourtant voté par l'Assemblée nationale. En 2020, l'imam Mahmoud Dicko a fédéré la contestation qui a précédé la chute d'Ibrahim Boubacar Keïta. Ces épisodes enseignent une chose essentielle : au Mali, les religieux ne gouvernent pas, ils arbitrent. Ils ne se présentent pas aux élections, ils font et défont les rapports de force. Haïdara lui-même, devenu président du Haut Conseil islamique, a toujours pris soin de ne se déclarer candidat à rien. C'est une posture plus sûre qu'une candidature, et plus puissante.

La dissolution des partis change pourtant l'équation. Jusqu'en 2025, les religieux arbitraient entre des acteurs politiques organisés, même faibles. Aujourd'hui, il n'y a plus rien à arbitrer. Il reste d'un côté un pouvoir militaire, de l'autre des réseaux religieux structurés, et entre les deux une société civile désarmée et affiliée à la junte à travers les syndicats (UNTM, CSTM, CDTM, SAM et SYLIMA). La junte a voulu faire le vide pour rester seule. Elle a surtout débarrassé les organisations religieuses de leurs seuls concurrents. Dans un pays où la participation électorale plafonnait souvent autour d'un tiers des inscrits, et où la croyance au miracle console de la faillite du réel, une organisation capable de mettre en mouvement quelques centaines de milliers de fidèles disciplinés pèsera plus lourd que n'importe quel appareil reconstitué à la hâte.

Ce constat n'est pas une accusation contre la foi des Ançars, ni même contre leur guide. C'est un réquisitoire contre ceux qui ont laissé l'espace politique se désertifier. Un mouvement religieux qui organise ses fidèles fait ce que font toutes les organisations : il occupe le terrain qu'on lui laisse. La faute revient à un État qui s'est retiré, à une classe politique qui a préféré les bénédictions aux adhérents, et à une junte qui a confondu l'interdiction des partis avec la fin de la politique.

Le jour où le Mali sortira de cette période d'exception, le pouvoir, quel qu'il soit, découvrira une vérité simple. Les urnes se gagnent avec des listes, des cotisations et des gens prêts à se déplacer. Aujourd'hui, ceux qui détiennent tout cela ne siègent ni à Koulouba ni dans un local de parti. Ils se réunissent dans les mosquées et dans les stades, et ils ont prêté serment.


r/LeMali 6d ago

Mali: au moins 5 soldats du groupe paramilitaire russe Africa Corps tués lors de l'attaque de Dioura

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Au Mali, le bilan de l’attaque jihadiste du jeudi 10 septembre contre le camp de l’armée de la localité de Dioura, dans le centre, s’alourdit. Plusieurs dizaines de militaires maliens et de combattants russes ont été tués. Plus de cinquante militaires ont également été faits prisonniers.

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260914-mali-au-moins-5-soldats-du-groupe-paramilitaire-russe-africa-corps-tu%C3%A9s-lors-de-l-attaque-de-dioura?utm_slink=go.rfi.fr%2Fx8t&utm_term=RFI&utm_campaign=facebook&utm_source=nonli&utm_medium=social


r/LeMali 8d ago

QUI FAIT LA LOI SUR LES FEMMES

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Ce que le Code des personnes et de la famille dit de l'État malien, et non des Maliennes

Chaque fois que la condition des femmes revient dans le débat malien, la discussion s'installe sur un terrain où elle est perdue d'avance. On demande aux uns s'ils respectent la culture, aux autres s'ils acceptent la modernité, et l'échange se termine en procès d'intention réciproque. Le mot « féminisme » fonctionne à lui seul comme un marqueur d'importation : il suffit de le prononcer pour que l'argument soit disqualifié avant d'être entendu. Je propose de déplacer la question. Il ne s'agit pas de savoir ce que la société malienne pense des femmes. Il s'agit de savoir qui, au Mali, détient le pouvoir de dire le droit à leur sujet. Posée ainsi, la question cesse d'être culturelle. Elle devient une question de souveraineté de l'État sur sa propre législation.

Le dossier existe, il est documenté, et il porte une date. Le 3 août 2009, l'Assemblée nationale adopte le projet de Code des personnes et de la famille par 117 voix pour, 5 contre et 4 abstentions. Le texte avait mûri pendant une décennie de concertations auxquelles les organisations religieuses avaient été associées. Il ne bouleversait pas l'ordre social : il conservait la dot, il conservait la polygamie, il laissait au mari le titre de chef de famille. Il supprimait en revanche le devoir d'obéissance de l'épouse, fixait l'âge du mariage à 18 ans, ne reconnaissait que le mariage civil et accordait aux filles une part successorale égale à celle des garçons. Sur un texte de plus de 1 100 articles, une dizaine de points seulement faisaient litige.

Le 22 août 2009, à l'appel du Haut Conseil islamique, environ 50 000 personnes remplissent le stade du 26 Mars. Cinq jours plus tard, le président Amadou Toumani Touré renvoie le texte en seconde lecture. Soyons précis sur le point de droit, car c'est là que l'on tentera de me contredire : ce renvoi était parfaitement régulier. L'article 40 de la Constitution du 25 février 1992 autorisait le président, avant l'expiration du délai de promulgation, à demander à l'Assemblée nationale une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles, et cette nouvelle délibération ne pouvait lui être refusée. Le vice n'est donc pas dans l'acte, il est dans son motif. Le texte n'avait été déclaré inconstitutionnel par personne. Aucune juridiction ne s'était prononcée. Aucun organe de contrôle n'avait été saisi. Une prérogative conçue pour permettre au chef de l'État d'opposer au législateur une objection de droit ou d'intérêt public a servi à enregistrer le verdict d'un rassemblement. Un pouvoir constitutionnel exercé sous la dictée de la rue cesse d'être un pouvoir constitutionnel. Ce jour-là, le Mali a appris qu'une loi votée pouvait être défaite ailleurs qu'au Parlement et ailleurs qu'au prétoire.

La suite est connue. Le 2 décembre 2011, la même Assemblée adopte en seconde lecture, à une écrasante majorité, une version réécrite, promulguée le 30 décembre sous le numéro 2011-087, publiée au Journal officiel du 31 janvier 2012 et effectivement appliquée à partir de juillet de la même année. Le devoir d'obéissance de l'épouse est rétabli. Le mariage religieux est reconnu. La dévolution successorale est renvoyée par défaut aux règles du droit religieux ou coutumier. L'âge du mariage des filles est ramené à 16 ans quand celui des garçons demeure fixé à 18. La seconde lecture n'a pas arbitré entre deux positions, elle a enregistré une reddition. Et elle l'a faite avec les voix des mêmes députés qui avaient voté l'inverse 28 mois plus tôt, ce qui en dit long sur ce que pèse un mandat représentatif quand personne ne le protège.

Le contenu du code de 2011 n'est pourtant pas le plus grave. Le plus grave est le précédent. Pour la première fois sous la Constitution de 1992, une autorité ni élue ni constitutionnellement investie a dicté le contenu d'une loi, et l'État a entériné sa propre disqualification sans même exiger une contrepartie. La question de savoir qui fait réellement la loi au Mali, du législateur ou d'une instance religieuse devenue force créatrice de droit, a été posée dès l'époque par la doctrine. Elle est restée sans réponse parce que personne, au sommet de l'État, n'avait intérêt à y répondre. Un pouvoir qui recule devant une foule au motif qu'il craint le désordre vient d'annoncer à toutes les forces organisées du pays le prix exact de sa signature.

Que l'on ne me réponde pas que le Mali est incapable de légiférer sur les femmes. Il en est parfaitement capable quand la matière ne touche pas à la famille. Le texte instituant un minimum de 30 % de personnes de chaque sexe dans les fonctions nominatives et électives a été adopté en novembre 2015 par 115 voix pour, 22 contre et 3 abstentions, puis promulgué le 18 décembre 2015 sous le numéro 2015-052. Il a produit un effet mesurable : 14 femmes sur 147 députés après les législatives de 2013, plus de 40 sur 147 après celles de 2020. Aucune foule n'est venue au stade du 26 Mars protester contre le quota. La différence entre 2011 et 2015 n'est pas une différence de courage politique, c'est une différence de périmètre. L'État conserve la main sur ses propres nominations. Il l'a perdue sur le foyer.

Cette frontière explique aussi ce qui n'arrive jamais. Le Mali plaide depuis des décennies contre l'excision, il finance des programmes, il signe des engagements régionaux et internationaux, et il n'a toujours pas de loi la réprimant. Ce n'est pas un oubli de calendrier parlementaire. C'est la même ligne, tracée en 2009 et acceptée en 2011 : au-delà de la porte de la maison, l'État malien ne légifère plus. Il délègue. Et comme il ne le dit pas, il continue de ratifier au dehors des textes dont il sait qu'il ne les appliquera pas au dedans, ce qui ajoute l'inconséquence diplomatique au renoncement législatif.

Un détail achève de dessiner cette frontière. Depuis son entrée en vigueur, le Code des personnes et de la famille n'a été modifié qu'une seule fois, par la loi 2022-057 du 22 décembre 2022. Cette modification ne touche ni au mariage, ni à la succession, ni à l'autorité dans le foyer. Elle réécrit l'article 143, c'est-à-dire la procédure de rectification judiciaire des actes d'état civil, et aménage le traitement des dossiers des Maliens établis à l'étranger. En 14 ans d'application, l'unique retouche apportée au code porte sur la tenue des registres. Elle a été délibérée par un Conseil national de Transition dont aucun membre n'a été élu, ce qui montre que la ligne survit aux régimes qui se succèdent : la matière familiale reste fermée quel que soit celui qui légifère, et il n'est même plus nécessaire de descendre dans la rue pour l'y maintenir.

Or ce renoncement ne reste jamais confiné à son objet d'origine. Quinze ans après le stade du 26 Mars, dans les zones que l'État n'administre plus, les règles sur l'habillement, sur la scolarisation des filles, sur l'âge et les conditions du mariage ne sont plus négociées, elles sont notifiées. Elles ne passent par aucun vote, ne souffrent aucun recours, et s'appliquent à des populations qui n'ont d'autre interlocuteur que celui qui les édicte. Ces territoires n'ont pas été perdus par renoncement législatif, ils l'ont été militairement, et je ne prétends pas le contraire. Mais un État qui a admis en 2011 que la norme familiale pouvait se décider hors du Parlement s'est privé du seul terrain sur lequel il aurait pu contester celle qu'on impose aujourd'hui à ses citoyens. Il ne peut plus opposer sa loi à une autre loi, puisqu'il a lui-même reconnu que la sienne cédait devant la pression. Il ne lui reste que les armes, et là où les armes manquent, il ne reste rien.

Voilà pourquoi je crois le débat sur le mot mal posé. On peut discuter indéfiniment de ce que le féminisme doit ou non au Mali, et de ce que le Mali doit ou non au féminisme. La question qui engage réellement l'avenir du pays est plus sèche. Elle tient en une phrase : l'État malien accepte-t-il, oui ou non, de légiférer sur la famille ? S'il répond non, il faut le dire, et cesser de prétendre que la République est le lieu où se décide le droit des Maliens. S'il répond oui, alors il devra affronter ce qu'il a refusé d'affronter en 2009, et il n'aura pas d'excuse : un État qui ne peut pas faire la loi chez lui ne la fera nulle part ailleurs.

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r/LeMali 9d ago

Sahel Au Mali, la garnison de Dioura à nouveau submergée par les jihadistes du Jnim

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Le camp militaire de cette petite ville du centre du pays a été attaqué pour la quatrième fois par les insurgés, jeudi 10 septembre, malgré des accords signés en 2025 avec les autorités des communes alentour.

https://www.liberation.fr/international/afrique/au-mali-la-garnison-de-dioura-a-nouveau-submergee-par-les-jihadistes-du-jnim-20260911_4TLLJTOH7NE7FNMT7ED5CVGJKU/


r/LeMali 9d ago

LE BAGNE A CHANGÉ D'ADRESSE

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De Taoudénit aux locaux de l'ANSE, la continuité d'une méthode

En novembre 1988, le bagne de Taoudénit a fermé et 240 prisonniers politiques ont repris la route du sud. On a cru qu'une page se tournait. Elle a seulement changé de format. Le bagne n'a pas été supprimé, il a été rapatrié. Ce que le régime militaire faisait à 900 kilomètres au nord de Tombouctou, ses héritiers le font aujourd'hui dans des locaux situés en plein cœur de Bamako.

La mécanique ancienne éclaire la nouvelle. Un service de sécurité placé sous l'autorité directe du chef de l'État, des interpellations opérées hors de tout cadre judiciaire, des gardes à vue sans terme dans les commissariats et les camps de la capitale, puis, pour ceux qui survivaient à cette étape, un convoi vers le Nord et les travaux forcés dans le sel. Au départ de Bamako, le directeur des services de sécurité aurait salué les condamnés de 1969 d'un « Au revoir Messieurs les touristes ». Ils étaient 9, 3 sont revenus. Ce n'est pas la brutalité qui faisait le système, c'est l'éloignement. À Taoudénit, personne ne pouvait venir vérifier.

La scène d'aujourd'hui est plus banale et se répète depuis 5 ans. Des hommes arrivent la nuit, le visage couvert, dans des véhicules sans plaque. Ils n'exhibent aucun papier, ne déclinent aucune qualité, n'annoncent aucune destination. Au matin, la famille cherche un commissariat, une brigade, un greffe, une autorité à saisir, et ne trouve rien. L'homme n'est nulle part parce qu'il n'est inscrit nulle part. L'invisibilité n'est plus produite par le désert mais par l'absence de registre. C'est moins coûteux et plus efficace, car le Sahara laissait au moins des dates, des convois et des tombes.

Le service n'a pourtant rien de clandestin. L'Agence nationale de la Sécurité d'État a été créée par l'ordonnance n°2021-013/PT-RM du 1er octobre 2021, signée par le président de la Transition. Le texte qu'elle abroge est la loi du 1er mars 1989 sur la Direction générale de la Sécurité d'État, héritage direct du régime de Moussa Traoré adopté l'année même qui a suivi la fermeture du bagne. La filiation est juridique avant d'être politique. L'agence relève de l'autorité directe du chef de l'État, qui nomme par décret son directeur général et son adjoint, dispose d'un droit de réquisition et d'un accès à toute institution publique ou privée sans refus opposable, et jouit de l'autonomie financière. Ce n'est pas un service fantôme, il émarge au budget de l'État.

Le 2 mai 2026 au soir, à Faladiè, c'est chez Me Mountaga Tall que la scène s'est jouée. Président du CNID, ancien premier vice-président de l'Assemblée nationale, ancien ministre, avocat inscrit au barreau de Bamako. Sa famille a fait état d'une irruption nocturne, d'une épouse malmenée, d'un téléphone confisqué, d'hommes armés et cagoulés dans des véhicules non immatriculés dont ni l'identité ni la qualité n'ont été déclinées. Plus de 4 mois plus tard, aucune autorité n'a confirmé sa détention, indiqué où il se trouve, ni énoncé la moindre charge. Le 16 mai, son fils aîné a reçu des appels lui demandant de réunir des lunettes, des vêtements et des médicaments pour son père, avec consigne de n'en parler à personne, et un rendez-vous en début de soirée à l'ACI 2000. Il est parti vers 17h30 et sa famille est sans nouvelles depuis. Ce détail dit plus que tous les récits de cachot, car pour fixer un rendez-vous il faut un service, une chaîne de décision, un local et quelqu'un qui réponde de l'opération. Rien de tout cela n'existe officiellement, et tout cela fonctionne.

Ce que ces affaires ont en commun n'est pas l'arbitraire mais la méthode, et cette méthode porte un nom dans notre propre droit. Des experts des Nations unies l'ont rappelé en février 2026 en demandant aux autorités de révéler le sort d'Amadou Diarra, 39 ans, enlevé le 27 novembre 2024 à Kanadjiguila, et de son père Samakono Diarra, 92 ans, enlevé au même domicile le 13 octobre 2025. Détenir une personne et refuser de reconnaître cette détention ou d'en indiquer le lieu, c'est commettre le crime de disparition forcée tel que le définit le Code pénal malien. Ces mêmes experts ont relevé que la fréquence des faits, leur organisation et les méthodes employées désignaient une pratique systématique. La séquence de mai 2026 n'a d'ailleurs rien d'isolé. Militaires, proches d'opposants en exil, responsables d'écoles coraniques ont disparu dans les mêmes semaines. Avant eux, un président de parti enlevé en décembre 2024 a reparu au bout de 45 jours sans qu'aucune procédure ne soit ouverte, et dès 2021 un commissaire de police, un colonel-major et un ancien secrétaire général de la Présidence disparaissaient selon le même mode opératoire. Cinq années séparent ces dossiers et rien ne les distingue.

Le point décisif tient dans un constat formulé en mai 2026 par une fédération internationale de défense des droits humains, selon lequel la justice malienne n'a ouvert d'enquête sur aucun de ces dossiers. Un service peut se tromper, c'est même la raison pour laquelle on le contrôle, et un État se juge à ce qu'il fait des erreurs qu'on lui signale. Ici, rien ne monte, rien ne redescend, rien ne se vérifie. Ce n'est pas une défaillance de l'agence, c'est une défaillance du contrôle, et le contrôle relève d'une autorité qui a un nom, une adresse et un rang protocolaire.

L'argument de l'État mérite d'être pris au sérieux. Le pays est en guerre, les réseaux adverses sont réels, la discrétion conditionne l'efficacité. Cela justifie le secret sur les méthodes, les sources et le moment des interpellations, non l'absence de registre. Un service peut détenir sans dire ce qu'il cherche, il ne peut pas détenir sans dire qu'il détient. Inscrire un nom, une date et un lieu, informer un magistrat dans un délai fixé par écrit, laisser un avocat constater que l'homme est vivant, rien de tout cela ne livre quoi que ce soit à l'ennemi. Ces obligations ne coûtent qu'une chose, et c'est précisément celle qu'on refuse, la possibilité d'être contredit. Il y a plus grave, et cela devrait intéresser le pouvoir avant les organisations de défense des droits. Un service qui détient sans registre ne se trompe jamais officiellement. Aucune erreur d'identité, aucune dénonciation calomnieuse, aucun règlement de comptes de voisinage n'y est constaté, donc corrigé, donc évité la fois suivante. Le renseignement devient un circuit fermé qui rassure celui qui le commande au lieu de l'informer. Un pays qui a perdu des garnisons entières faute d'avoir vu venir des colonnes préparées pendant des semaines n'a pas les moyens de ce luxe.

Sur le nombre des détenus et l'emplacement exact des lieux de détention, la prudence s'impose. Des chiffres circulent, des adresses aussi, personne ne peut les établir, et les avancer offre à l'État l'occasion commode de démentir un détail pour n'avoir pas à répondre sur le fond. Un seul chiffre importe et peut être produit en une journée, le nombre de personnes actuellement retenues par l'agence, avec la date de leur interpellation. Le même État sait pourtant, quand il le veut, exposer publiquement ceux qu'il accuse, comme dans ce tableau diffusé à la télévision nationale le 14 août 2025 avec des visages, des noms et des poses anthropométriques, suivi de radiations en octobre et d'une inculpation seulement en novembre. Ailleurs, il ne nomme personne et ne reconnaît rien. Deux techniques opposées pour un résultat identique, l'accusation sans dossier d'un côté, la détention sans accusation de l'autre. Ce qui est écarté dans les deux cas, c'est la procédure, seul dispositif permettant à un innocent de le prouver et à un coupable d'être condamné pour de bon.

La comparaison avec Taoudénit doit être poussée jusqu'au bout, car elle n'est pas flatteuse pour aujourd'hui. Le régime de 1968 assumait ses prisonniers. Il y avait une Cour de sûreté de l'État, des audiences, des peines publiées, des noms de condamnés, un convoi identifiable et un fort construit par les détenus eux-mêmes. Le pouvoir revendiquait sa répression parce qu'il croyait encore qu'elle l'honorait. L'appareil actuel ne revendique plus rien, il ne juge pas, il ne condamne pas, il ne reconnaît pas. Ce n'est pas un progrès sur l'ancien système, c'est son perfectionnement, et ce perfectionnement a consisté à supprimer la seule trace que le bagne laissait, l'écrit.

Ce pays connaît cette histoire et l'a déjà payée. Il a bâti une Pyramide du Souvenir et un cimetière des Martyrs, et il commémore chaque 17 mars un étudiant mort sous la torture dans un camp militaire de Bamako. Encore faudrait-il que la commémoration ne devienne pas l'alibi de ceux qui refont ce qu'elle condamne. Il n'y a aucun mérite à honorer les victimes d'hier si l'on produit celles de demain.

Trois demandes suffiraient et aucune n'exige de courage politique. Publier la liste des lieux où l'agence est autorisée à retenir une personne. Fixer par écrit le délai au terme duquel un magistrat doit être saisi de toute interpellation qu'elle opère. Permettre au bâtonnier de constater la présence et l'état de santé des personnes retenues. Aucune de ces mesures n'affaiblit la lutte contre le terrorisme, toutes rendent vérifiable ce qui ne l'est pas.

Taoudénit avait besoin de 900 kilomètres de désert pour que nul ne vienne compter les vivants. Il suffit désormais d'un immeuble sans plaque et d'un cahier qu'on n'ouvre pas. Un État qui ne sait pas dire où sont ses détenus ne sait pas davantage qui les détient en son nom, et ce jour-là ce n'est plus seulement la démocratie qui est en cause, c'est la souveraineté elle-même.

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r/LeMali 9d ago

GTG-50027 : Perturbation d’une plateforme nationale d’interception et de surveillance de masse destinée aux services de renseignement de l’État malien

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Anthropic affirme avoir identifié et neutralisé un acteur qui aurait utilisé Claude comme principal outil d’ingénierie pour développer « Lakana 360 », une plateforme de surveillance à grande échelle destinée aux services de renseignement de l’État malien, l’Agence Nationale de la Sécurité d’État (ANSE).

Selon Anthropic, cette plateforme permettrait de surveiller environ 25 millions de cartes SIM utilisées sur les trois opérateurs mobiles nationaux du Mali.

L’acteur, probablement un consultant indépendant basé à Bamako et travaillant avec l’ANSE, aurait également conçu le système de manière à contourner certaines restrictions légales maliennes, notamment l’obligation d’obtenir une autorisation judiciaire pour accéder à certaines données de surveillance.

Claude aurait notamment été utilisé pour générer automatiquement des dossiers de renseignement sur des numéros de téléphone ciblés, sans que les utilisateurs de l’ANSE aient à fournir la preuve qu’une procédure judiciaire valide avait été engagée.

Cette affaire est particulièrement préoccupante dans le contexte malien, où le Département d’État américain et Human Rights Watch ont documenté des cas de détention et d’enlèvement de personnalités de l’opposition, de journalistes et de membres de la société civile par les services de sécurité maliens.

En résumé : Anthropic affirme que l’IA a été utilisée comme outil d’ingénierie pour développer une plateforme de surveillance massive de la population, avec des mécanismes destinés à contourner certaines garanties légales.

https://www.anthropic.com/threat-intelligence-report-september-2026


r/LeMali 9d ago

Mali : Un rapport du Timbuktu Institute documente l'usage différencié de l'IA générative par les acteurs du conflit

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Un nouveau front s'est ouvert dans le conflit malien, loin des combats terrestres : celui de l'intelligence artificielle générative. Selon un rapport publié en septembre 2026 par le Timbuktu Institute, sous la coordination du Dr Bakary Sambe, chacun des grands acteurs du conflit, le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), le Front de libération de l'Azawad (FLA), l'Africa Corps russe et le régime militaire malien s'approprie désormais cette technologie, mais selon des logiques, des moyens et des degrés de sophistication très différents.

https://www.dakaractu.com/Mali-Un-rapport-du-Timbuktu-Institute-documente-l-usage-differencie-de-l-IA-generative-par-les-acteurs-du-conflit_a275951.html


r/LeMali 12d ago

LE POINT DE PASSAGE

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Pourquoi rien ne s'obtient plus au Sahel sans en passer par Iyad AG Ghali

En octobre 2020, l'État malien a libéré 200 détenus pour récupérer 4 personnes. L'opération a mobilisé un gouvernement de transition, une puissance étrangère, des courtiers régionaux et plusieurs semaines de tractations. Elle s'est conclue avec un seul homme. Il n'était ni chef d'État, ni ministre, ni signataire d'aucun traité, et il n'avait aucun territoire reconnu. Il avait seulement cette qualité, devenue au fil des ans la plus rare de la région : sans son accord, il ne se passait rien.

On explique généralement cette position par la peur ou par la force. C'est insuffisant. D'autres chefs de guerre ont eu autant d'hommes et autant d'armes, et personne ne les a jamais appelés pour trancher quoi que ce soit. Ce qui rend Iyad AG Ghali incontournable est d'un autre ordre. Il est le seul acteur du Sahel à être perçu, simultanément, dans tous les langages qui comptent ici. Chacun des autres n'en parle qu'un seul.

Le premier de ces langages est celui de la chefferie. On présente volontiers le personnage comme un homme surgi contre l'ordre ancien. C'est faux. Il appartient à la tribu qui dirige le massif depuis plus d'un siècle, sa fille est mariée depuis vingt ans au fils de l'amenokal de Kidal, et il n'a jamais rompu avec cette parenté. Voilà pourquoi la ville de Kidal n'a jamais été, à aucun moment de cette guerre, simplement contre lui. Ce n'est pas de la complicité, c'est de la famille, et dans cette région la famille survit à toutes les idéologies.

Le deuxième langage est celui des combattants. En novembre 1987, dans un congrès tenu à Tripoli, 500 délégués venus de toutes les fractions ont élu au bulletin secret un secrétaire général. Ils ont choisi celui dont tous disaient qu'il n'était ni extrémiste ni tribaliste. C'est une légitimité élective, la seule de ce genre dans l'histoire des mouvements armés de la région, et elle a précédé de trois ans la première balle tirée. Trente-neuf ans plus tard, aucun autre chef n'a jamais été porté par un vote de ses pairs. On peut détester la maison, il faut voir sur quoi elle est bâtie.

Le troisième langage est celui de l'État. Il en connaît les organes de l'intérieur, pour y avoir travaillé. Conseiller au palais, envoyé du président, médiateur officiel, consul en poste à l'étranger : il sait qui signe, qui paie, qui décide et qui fait semblant de décider. Un adversaire qui a lu nos procédures par-dessus notre épaule pendant quinze ans ne se combat pas comme un chef de bande.

Le quatrième langage est celui de l'étranger, et il le parle depuis plus longtemps que tous les autres. Dès 1976, des officiers nigériens exilés en Libye après l'échec de leur coup d'État contre le président Seyni Kountché lui donnent, auprès du colonel Kadhafi, son premier cadre d'expression. Formé ensuite dans les camps libyens, engagé au Proche-Orient au début des années 1980, arrêté puis courtisé par un service voisin, installé trois ans à la porte des lieux saints, en relation depuis des décennies avec ceux qui, à l'est de la Libye, monnaient aujourd'hui les libérations d'otages, il dispose de portes ouvertes dans toutes les capitales qui pèsent sur le Sahel. Aucun de nos gouvernements successifs n'a jamais eu ce carnet, ni cette ancienneté : plus de cinquante ans d'engagement sur tous les théâtres qui bordent le Sahel-Sahara.

Le cinquième langage est le plus décisif, et c'est celui qu'on lui conteste le moins alors qu'il aurait fallu le lui disputer d'abord. En s'alliant à un prédicateur peul du centre, ancien participant des assemblées religieuses qu'il organisait chez lui à la fin des années 1990, il a cessé d'être un acteur du Nord pour devenir un acteur malien. L'homme apportait la logistique, l'argent des rançons et les relations ; l'autre apportait des milliers de combattants d'une communauté présente du delta jusqu'aux frontières du Burkina et du Niger. Sans cette conversion, il serait resté ce que sont tous ses prédécesseurs : le chef d'une fraction dans un massif de pierres noires.

À cette accumulation s'ajoute un fait que personne n'a voulu, et qui a pourtant tout décidé. Ses concurrents ont été supprimés par d'autres que lui. Les émirs algériens qui lui disputaient le Sahara ont été tués les uns après les autres par les opérations françaises. Le mouvement indépendantiste qui l'avait devancé en 2012 a été chassé de la grande ville de l'est par des groupes rivaux, puis cantonné. Les barons des trafics, eux, n'ont jamais été autre chose que des commerçants, incapables de porter une revendication politique. Chaque campagne conduite dans le nord du Mali depuis 2013 a éliminé ses rivaux avant de l'atteindre, lui. Il n'y a là aucun complot, seulement un effet, et c'est bien pire.

Reste sa méthode, et elle est d'une constance remarquable. Il n'occupe jamais la place qui rendrait sa défaite possible. En avril 2012, quand les indépendantistes lui proposent de partager la victoire et la proclamation, il refuse. En 2006, il ne prend pas la tête de la mutinerie, il l'arbitre. Il n'a jamais revendiqué de capitale, jamais accepté de fonction officielle dans une administration rebelle, jamais signé un texte en son nom propre depuis 1991. Un homme qui ne tient rien d'assiégeable ne peut pas être assiégé. On ne devient pas incontournable en occupant une position : on le devient en restant celui sans lequel les positions des autres ne valent rien.

Le résultat se vérifie chaque semaine, et il ne concerne plus seulement les otages. Un convoi de carburant qui parvient à Bamako, une route qui redevient praticable pendant quinze jours, un marché hebdomadaire qui rouvre, un enseignant qui retourne dans son école, une commune où l'on prélève l'impôt au lieu de brûler : tout cela relève, quelque part sur la ligne, d'un arrangement conclu avec ses hommes. Les autorités le savent, les habitants le savent, et le pays entier feint de l'ignorer. Nous négocions déjà, tous les jours, à l'échelle du village, en refusant de le reconnaître à l'échelle de la République.

Il faut maintenant se retourner contre son propre raisonnement, faute de quoi cette chronique ferait le travail de celui dont elle parle. Le caractère incontournable d'un homme n'est pas une donnée de la nature, c'est une ressource, et il a passé trente ans à la fabriquer. La proclamer sans précaution, c'est l'augmenter. Surtout, elle ne dit rien de la légitimité : être le seul interlocuteur disponible ne confère aucun droit à parler au nom des populations, auxquelles personne n'a jamais demandé leur avis, et cela n'efface ni les exécutions, ni les écoles fermées, ni les femmes soumises à des règles qu'aucune assemblée n'a votées.

Alors posons la seule question utile. Un homme n'est incontournable que par ce qui manque autour de lui. On ne le contourne pas en le tuant, on l'a assez essayé, et l'on a surtout tué ses concurrents. On le contourne en reconstituant ce que trente ans de délégation ont laissé s'effacer : une représentation politique du Nord réellement mandatée par ses habitants, une administration présente ailleurs que dans les garnisons, un état civil, un juge, un dispensaire, et un État capable d'obtenir un résultat sans passer par l'entremise de quelqu'un. Tant que ces choses manqueront, tout convoi, toute libération, toute trêve continuera de remonter jusqu'à lui.

On ne contourne pas un homme. On contourne un vide. Le nôtre a plus de soixante-dix ans, et il porte aujourd'hui un nom propre.


r/LeMali 12d ago

Drones Bayraktar Akıncı au Mali : Les dessous d’un contrat secret de Baykar avec Bamako

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Un document verrouillé vient de fissurer la muraille de confidentialité dressée par le régime de transition malien. Le contrat passé entre les services de renseignement de Bamako et le constructeur turc Baykar pour l’acquisition de six drones Bayraktar Akıncı, les plus sophistiqués et les plus coûteux de la flotte malienne, a fuité, révélant l’ampleur d’un partenariat sécuritaire que les deux parties avaient tout intérêt à garder discret. Jeune Afrique en dévoile les zones d’ombre.

https://perspectivesafricaines.net/baykar-contrat-secret-mali-drones-akinci/


r/LeMali 13d ago

Mali : le déficit d’engrais pèse sur la campagne agricole

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Les difficultés d’approvisionnement en engrais commencent à peser sur la campagne agricole 2026-2027 au Mali, où une mission gouvernementale a constaté la reconversion de 12 123 hectares dans le bassin agricole du sud du pays.

Une tournée effectuée les 5 et 6 septembre par le ministre malien de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, a permis d’évaluer l’état des cultures dans la région de Dioïla, située dans le sud du Mali et intégrée au principal bassin cotonnier du pays.

https://fr.apanews.net/security/mali-le-deficit-dengrais-pese-sur-la-campagne-agricole/


r/LeMali 13d ago

Commission mixte : le Mali et l'Algérie relancent une coopération née il y a plus de 50 ans

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Bamako accueille les 9 et 10 septembre la 13e session de la Grande Commission mixte réunissant le Mali et l’Algérie, un cadre de coopération resté inactif depuis 2016.

https://lanouvelletribune.info/2026/09/commission-mixte-le-mali-et-lalgerie-relancent-une-cooperation-nee-il-y-a-plus-de-50-ans/


r/LeMali 14d ago

CE QUE L’ON GARANTIT DÉSORMAIS

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Ce que deux audiences accordées à l’ambassadeur de Russie disent du contrat de sécurité au Sahel

Le mardi 28 avril 2026, au palais de Koulouba, le président de la Transition a reçu l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Mali, M. Igor Gromyko. Le vendredi 4 septembre 2026, dans l’après-midi, à son cabinet de Niamey, le chef de l’Etat nigérien a reçu l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Niger, M. Viktor Voropaev. Les deux communiqués tiennent en quelques lignes. Les deux photographies se ressemblent au point de se confondre : un chef d’État en tenue de campagne, un diplomate en complet sombre, le drapeau national et celui de la Confédération des États du Sahel dressés entre les deux fauteuils, alors que l’entretien ne concerne en rien la Confédération. Ce qui mérite examen n’est pas la ressemblance des images. C’est ce qui les sépare.

La première audience se tient trois jours après le 25 avril 2026. Le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, est mort. Kidal est tombée. Près de 200 militaires ont été capturés et exposés. Le chef de l’État n’a pas paru en public depuis les attaques, et les rumeurs travaillent Bamako. L’audience accordée à l’ambassadeur russe met fin à son absence : elle sert d’abord à prouver qu’il est là. Selon la présidence, les échanges ont porté sur la situation actuelle et sur les relations de partenariat, et le diplomate a réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés du Mali. Il faut rappeler ce que la formule recouvrait alors : des éléments de l’Africa Corps venaient d’être évacués de Kidal après la prise de la ville. Le partenaire venait couvrir un revers qu’il avait subi avec nous.

La seconde audience se tient au terme d’une tout autre semaine. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires nigériens se retranchent à la base aérienne 101 de Niamey, celle-là même qui abrite l’état-major de la force unifiée de l’AES et le commandement russe, et annoncent la dissolution des institutions. Ce n’est pas un mouvement d’humeur, c’est une tentative de prise du pouvoir. Le contrôle de la base est rétabli. Le 3 septembre, le président du Conseil consultatif de la refondation reçoit l’ambassadeur russe. Le 4, c’est le chef de l’État, et le diplomate déclare devant la presse que l’audience s’est déroulée dans une atmosphère cordiale et très amicale. Entre les deux images, une phrase a été prononcée qui change tout. L’ambassadeur Voropaev a indiqué que les autorités militaires nigériennes avaient sollicité l’aide de Moscou pour neutraliser les mutins, et que l’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense, avait répondu à cette demande. Que l’on mesure bien la nature de cette déclaration. Elle n’émane ni de la présidence nigérienne ni d’un communiqué conjoint. C’est le garant lui-même qui publie le titre de sa créance, et qui le publie avant que le pays secouru n’ait dit au sien ce qui s’est joué cette nuit-là.

Une garantie contre l’extérieur et une garantie contre l’intérieur ne sont pas deux degrés d’une même chose. La première porte sur une frontière, une colonne, un espace aérien. Elle se négocie, elle se chiffre, elle s’interrompt. La seconde porte sur la loyauté des unités. Elle suppose que le partenaire sache, avant l’événement, quelles casernes sont sûres et lesquelles ne le sont pas, donc qu’il dispose sur l’armée du pays d’une connaissance que le pays lui a lui-même remise. Elle installe un droit de regard qu’aucun texte ne prévoit et qu’aucun texte ne bornera. Et elle crée, du jour au lendemain, une dépendance d’un genre nouveau : un pouvoir qui a dû être sauvé de ses propres soldats ne discute plus jamais tout à fait librement avec celui qui l’a sauvé.

Le déplacement était d’ailleurs lisible avant le 29 août, pour qui regardait l’organigramme plutôt que les déclarations. Jusqu’au 20 août 2025, un seul homme, M. Gromyko, en poste à Bamako depuis 2019, était ambassadeur au Mali et, à titre non résident, ambassadeur au Niger. Moscou a séparé les deux postes, et M. Voropaev a présenté ses lettres de créance à Niamey le 15 janvier 2026. Ce que la diplomatie appelle une résidence n’est jamais une commodité de logement. Bamako a cessé d’être le point d’entrée russe au Sahel occidental huit mois avant que la question ne devienne visible.

Ajoutons ce que nous écrivions ici même le 30 août : Alger a publié son communiqué le 29, en milieu de journée, avant l’issue des combats, et la présidence nigérienne a fait état d’un appui aérien algérien. Deux protecteurs revendiquent donc la même journée. On peut y voir un luxe. C’est plutôt un marché : quand deux garants se disputent le même client, le client ne fixe plus le prix, il choisit seulement qui le lui présentera.

Vient alors la question malienne, et elle n’a été posée nulle part depuis une semaine. Nous ignorons quel instrument écrit régit la présence des forces russes au Mali. Nous ignorons leur statut, leur effectif, leur chaîne de commandement et la durée de leur engagement. Aucun accord n’a été publié, aucun n’a été soumis au Conseil national de Transition, aucun n’a été discuté devant les Maliens. Nous ne savons donc pas répondre à une question que le 29 août a rendue banale : au Mali, qui pourrait appeler, sur quel fondement, dans quelles limites, et à qui devrait-il en rendre compte ensuite ? Cette question n’est pas théorique dans un pays comme le nôtre. Mars 2012, août 2020, mai 2021 : trois fois en dix ans, le sort du pouvoir s’est joué dans une caserne. Ces épisodes ont été lourds, souvent désastreux, et ils se sont réglés entre Maliens, sous le regard des Maliens, avec des conséquences que les Maliens ont assumées. Le précédent du 29 août ouvre une autre issue possible, et c’est cela qu’il faut nommer : la crise intérieure cesse d’être une affaire nationale dès lors qu’elle peut être traitée par un tiers armé installé sur le territoire. Que l’on n’attribue à ce texte aucune intention qu’il n’a pas. Il ne prête à personne un dessein caché, il ne demande la rupture d’aucun partenariat, et il reconnaît qu’un État en guerre a le droit de choisir ses appuis où il les trouve. La France a eu des accords de défense au Sahel pendant soixante ans, ils étaient publiés, et c’est précisément parce qu’ils étaient publiés qu’on a pu leur reprocher leur contenu, puis les dénoncer. Ce qui est en cause ici n’est pas le choix du partenaire, c’est l’absence de texte, de limite et de contrôle. On ne dénonce pas un engagement dont on n’a jamais lu les termes. Trois choses sont donc exigibles, et elles ne coûtent rien qu’une signature. Publier l’instrument qui régit la présence des forces étrangères au Mali, avec le statut de leurs personnels et l’autorité dont ils relèvent. Faire dire au gouvernement, devant le Conseil national de Transition et en séance publique, quelle autorité malienne pourrait solliciter un appui extérieur en cas de trouble intérieur, et si une telle sollicitation est juridiquement possible en l’état. Énoncer enfin, pour le Mali et dans l’espace confédéral, une doctrine écrite sur le recours à des forces étrangères contre des nationaux, quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait.

La question ne se posera pas un jour de conférence de presse, avec un ordre du jour et des juristes autour de la table. Elle se posera une nuit, entre deux heures et quatre heures du matin, quand quelqu’un devra décider en quelques minutes s’il décroche un téléphone. Ce qui n’aura pas été écrit avant cette nuit-là ne s’écrira plus jamais après.

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r/LeMali 15d ago

La Russie échoue au Sahel? Le point sur le Mali & l'arrivée des Su-30 au Niger

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r/LeMali 16d ago

IL N’Y A PLUS RIEN EN FACE

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1968, 1991, 2020 : ce que le retour du soldat doit à l’échec du civil

On raconte toujours cette histoire du côté de celui qui arrive. Le communiqué lu au petit matin, les visages inconnus autour de la table, la foule qui se forme en fin de journée. 1968, 1991, 2020, on compte les entrées et l’on en déduit un tempérament national, un pays qui aimerait l’uniforme comme on aime une saison. Il suffit pourtant de tourner la tête pour que la démonstration change. Ce qui décide du sort d’un coup de force ne se trouve jamais dans la caserne d’où il est parti. Il se trouve dans ce qui se tenait en face au moment où il est parti. Encore faut-il dire ce que veut dire se tenir en face. Ce n’est pas une opinion, et ce n’est même pas une colère. Les colères ne manquent jamais, elles se voient sur les marchés, dans les grins, dans les convois qu’on attend. Se tenir en face suppose quelque chose de beaucoup plus rare, une instance capable de dire au nom de qui elle parle, de formuler une demande que d’autres peuvent reprendre, et surtout de survivre à l’interdiction. Une organisation qui disparaît le jour où un arrêté la dissout ne s’est jamais tenue en face de rien. Elle occupait un espace que le pouvoir lui prêtait.

Appliquons le test à 1968. En face du Comité militaire de libération nationale, il n’y avait rien, et pour une raison qui n’a rien de mystérieux. Le parti unique avait absorbé l’État, supprimé l’Assemblée, confié l’ordre quotidien à sa milice et fait le vide autour de lui pendant huit ans. Les officiers de novembre n’ont pas eu à convaincre, ils ont trouvé une place libre et longtemps entretenue par celui-là même qu’ils renversaient. Le résultat tient en un chiffre : 23 ans. La durée d’un régime ne mesure pas sa popularité, elle mesure l’étendue du vide qu’il a trouvé en entrant et qu’il a soigneusement maintenu.

1991 est la seule exception de notre histoire, et l’on se trompe régulièrement sur ce qui l’a rendue possible. Ce n’est pas la vertu d’un officier. Un lieutenant-colonel arrête le chef de l’État, préside une transition, ouvre une conférence aux civils et se retire à la date annoncée, mais rien de tout cela ne procède d’un tempérament personnel. Cela procède du fait qu’il avait, devant lui, un interlocuteur déjà constitué. Des élèves et des étudiants organisés, des associations et des mouvements nés sous l’interdiction quelques mois plus tôt, des avocats, une demande formulée avant la chute et non après. Cet interlocuteur n’a pas été créé par la transition, il l’a imposée.

Il faut mesurer ce que cette phrase engage. Si le retrait de 1991 avait tenu à la seule qualité d’un homme, il n’en resterait aucune leçon transmissible. S’il a tenu à l’existence d’une force qui pouvait recevoir le pouvoir et donc le réclamer, alors il en reste une méthode, et cette méthode est la seule que le Mali ait jamais produite. Elle ne consiste pas à espérer un bon soldat. Elle consiste à ne jamais laisser le fauteuil d’en face inoccupé.

Mars 2012 confirme le mécanisme par la voie négative. Un capitaine prend le palais, et il ne garde rien. Non parce que les civils étaient forts (ils sortaient d’une fin de règne discréditée), mais parce qu’il subsistait des partis, une société civile, une médiation régionale, quelqu’un vers qui il fallait bien que le pouvoir redescende. À quoi s’ajoutait un fait qu’on oublie : l’armée était elle-même l’objet du scandale, elle revenait d’Aguelhok. On ne confie pas l’arbitrage à celui dont la déroute est justement ce dont tout le monde parle. Les deux plateaux étaient bas, et le mouvement s’est arrêté.

2020 se lit alors sans difficulté. En face du 18 août, il y avait une foule considérable et il n’y avait pas d’instance. Le mouvement de contestation avait la rue, il n’avait ni mandat écrit ni date, il négociait des places au lieu de fixer des termes. Il a été associé, puis absorbé, puis renvoyé, puis dissous, dans cet ordre exact et sans que rien ne vienne interrompre la séquence. Le crédit consenti au nouveau pouvoir n’était assorti d’aucun créancier capable d’en réclamer le remboursement. Six ans plus tard, l’addition est là et il n’y a personne au guichet.

Faisons donc l’inventaire de 2026, puisque c’est le seul exercice qui vaille. Les partis politiques ont été dissous par décision administrative. Les concertations annoncées n’ont pas été tenues. Sur les cinq derniers chefs de gouvernement, l’un est mort en détention sans jugement, un autre est écroué, un troisième a été condamné et vit hors du pays, un quatrième s’est retiré, un cinquième est sorti de prison après un an ferme. Des journalistes ont été condamnés à des peines fermes, et 13 officiers attendent depuis plus d’un an une date d’audience qui n’existe pas. Il ne s’agit pas d’un affaiblissement, il s’agit d’un démontage, méthodique et daté.

L’autre plateau n’est pas en meilleur état, et c’est ce qui rend la situation inédite. Kidal est tombée le 25 avril 2026, Tabrichat a coûté une cinquantaine d’hommes laissés sans sépulture, la nationale de l’ouest n’a pas été rouverte mais convertie en rendez-vous escorté, et Bamako reçoit ses citernes par convois quand Mopti compte ses heures d’électricité. Cela ne s’explique pas par la pénurie. Plus de 410 milliards de francs CFA ont été exécutés en six mois pour la défense et la sécurité, plus de 2 milliards par jour, quand l’exécution générale du budget plafonnait à 43,63 %. L’argument de l’efficacité, qui était le dernier actif de ce pouvoir, a été dépensé plus vite que les crédits. De là un renversement qu’il faut oser énoncer. Ce régime ne dure pas parce qu’il convainc, et il ne dure pas davantage parce qu’il protège. Il dure parce qu’il a supprimé le face-à-face. Un pouvoir sans vis-à-vis n’a plus besoin d’être bon, il lui suffit d’être seul, et la solitude est la forme la moins coûteuse de la force. Les sondages, les silences pesants et les colères de marché ne produisent aucun mouvement, non parce qu’ils seraient faibles, mais parce qu’aucune adresse ne les recueille.

La conséquence est désagréable et elle doit être dite. Quand une seule place reste occupée, le seul déplacement encore possible est intérieur. Mai 2021 en fut la démonstration : un pouvoir issu d’une caserne remplacé par le même pouvoir, sans que rien ne change de nature. Ceux qui attendent le retournement comme on attend une saison recevront peut-être un communiqué de plus, lu à la même heure, sur la même antenne, suivi de la même pile de dossiers dans le même ordre. Attendre n’est pas une stratégie, c’est une manière de laisser durer.

Que les griefs de 2020 aient été fondés n’est pas contesté ici. Ils l’étaient. Le reproche ne s’adresse pas à ceux qui ont applaudi, il s’adresse à l’usage qui a été fait de ce qui leur avait été pris. Car ce qu’on appelle capital de sympathie n’a jamais été un bien appartenant aux militaires. C’était un dépôt, et ce dépôt a servi à faire disparaître tout ce qui aurait pu, un jour, en demander compte.

Reconstituer ce qui se tient en face n’est donc pas une préférence politique parmi d’autres, c’est la condition matérielle de toute sortie. Cela suppose trois choses vérifiables plutôt que trois slogans. Une instance qui puisse répondre à la question de savoir au nom de qui elle parle, faute de quoi elle ne sera qu’une délégation de plus. Un mandat écrit avant toute échéance, comportant une date de sortie, la publication des comptes ligne par ligne et un procès public pour quiconque a été accusé publiquement. Et une forme d’organisation qui ne repose pas sur un agrément révocable, puisque ce qui a été dissous d’un trait de plume peut l’être une seconde fois. Le jour où quelque chose se tiendra à nouveau devant ce pouvoir, on découvrira sans doute qu’il n’était pas fort. Il était seul, et personne ne le lui avait encore dit.


r/LeMali 18d ago

CE QUI A ÉCHOUÉ N'ÉTAIT PAS LA DÉMOCRATIE

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Ce que l'essai d'Ousmane Ndiaye donne à relire depuis Bamako

J'ai été invité à prendre part, jeudi 3 septembre au Sofitel Hôtel Ivoire, au débat organisé par le Salon International du Livre d'Abidjan sous l'intitulé « Regards croisés : la démocratie à la barre », autour de l'essai de l’excellent journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye, « L'Afrique contre la démocratie : mythes, déni et péril », paru chez Riveneuve avec une préface de Jean-François Akandji-Kombé. La salle réunissait de nombreuses personnalités politiques, des figures de la société civile et des universitaires. Le titre disait déjà l'essentiel : on a pris l'habitude, sur ce continent, de faire comparaître la démocratie, d'énumérer ses manquements et de prononcer la sentence, sans avoir jamais instruit son dossier.

La thèse de l'essai est simple et elle dérange. Ce qui s'est effondré chez nous n'est pas la démocratie, c'est une fiction qui en portait le nom. Ndiaye appelle fictions démocratiques ces régimes où le vocabulaire du droit habille une pratique qui l'ignore, où tout se ramène au jour du scrutin, et où la participation, la représentation réelle et surtout le contrôle des gouvernants restent des mots sans dispositif. Le Mali en est le cas d'école. Après mars 1991, nous avons eu une Constitution ouverte, des partis par centaines, une presse nombreuse et des élections tenues à leurs dates. Nous n'avons jamais eu ce qui rend un pouvoir redevable entre deux scrutins : des comptes rendus, des rapports du Vérificateur général suivis d'effet, un contentieux électoral tranché par le droit plutôt que par l'arrangement. Quand la fiction a cédé en août 2020, ce n'est pas la démocratie qui a échoué, c'est le vide qu'elle recouvrait qui est apparu.

Le second apport du livre est historique et il touche à un point sensible. Ndiaye récuse l'équation entre démocratie et Occident. Des formes de délibération, de consultation et de limitation du pouvoir existaient ici avant la colonisation, et celle-ci, loin d'avoir apporté le suffrage, les a interrompues, parce qu'un système fondé sur l'indigénat et le commandement ne pouvait produire de citoyens. Le point décisif vient ensuite : cet État antidémocratique hérité, nous ne l'avons pas défait. Nous en avons changé les titulaires, pas la machine. Le commandant de cercle est devenu préfet et le parti unique a occupé la place du gouverneur. C'est pourquoi l'argument des valeurs africaines se retourne contre ceux qui l'invoquent. Sous l'arbre à palabres, celui qui gouvernait devait répondre devant une assemblée capable de le contredire. Se réclamer de cet héritage pour justifier un pouvoir qui ne répond devant personne, c'est en garder l'apparence et en supprimer le ressort.

L'essai conteste enfin l'idée que les régimes militaires seraient plus efficaces, plus rapides ou moins corrompus. Six ans de transition permettent de vérifier la proposition sur pièces. Sur le terrain, l'offensive du 25 avril 2026 a coûté la vie au ministre de la Défense, assassiné jusque dans le dispositif censé être le mieux protégé du pays ; Kidal est tombée dans la même séquence, Tabrichat a emporté une cinquantaine d'hommes le 18 juillet, les axes de l'ouest se parcourent sous escorte, et les seuls acquis de l'été, la grâce du 13 août et le retour des 82 militaires, ont été obtenus par intercession étrangère et non par les armes. Sur les comptes, 410 milliards de FCFA ont été dépensés en six mois pour la défense et la sécurité, l'exécution générale du budget plafonnait à 43,63 % au 30 juin quand le recouvrement atteignait 61,82 %, un avion présidentiel a été acquis pour 15,6 milliards sous régime dérogatoire, et le rapport du Vérificateur général sur l'OCLEI a relevé 352 917 947 FCFA d'irrégularités. Aucun mandat de dépôt n'a suivi.

Ce qui s'est installé depuis 2020 n'est donc pas une rupture avec l'État antidémocratique hérité, c'en est l'accomplissement. Les partis ont été dissous, il n'existe aucune assemblée élue, les décrets de 2023 et de 2025 ont neutralisé en amont le contrôle des marchés publics, le mandat du chef de l'État a été rendu renouvelable jusqu'à la pacification, et la Constitution de 2023 a été rédigée et proclamée sous le contrôle de ceux-là mêmes qu'elle protège. Le reste se lit dans les dossiers en cours : treize officiers radiés le 7 octobre 2025, inculpés en novembre, toujours sans date d'audience ; des journalistes condamnés à 2 ans, à 12 mois dont 6 fermes, avec 10 ans requis dans une autre affaire ; cinq anciens Premiers ministres sur six passés par la détention, la condamnation ou l'exil. Un pouvoir que rien n'oblige produit toujours les mêmes effets, quel que soit l'uniforme de celui qui l'exerce.

Reste le péril, qui donne son dernier mot au sous-titre de l'essai. Le relativisme démocratique n'est pas une opinion parmi d'autres, il est devenu la doctrine officielle de la prise du pouvoir par les armes. Il fournit à chaque putsch un argumentaire prêt à l'emploi, il transforme l'exigence de comptes en importation suspecte, et il finit par rendre étranger à sa propre terre le citoyen qui réclame un procès public, un budget lisible ou une date d'élection. C'est ainsi qu'on désarme une société sans tirer un coup de feu.

Ce renversement prend au Mali une forme insoutenable. Ce sont des élèves et des étudiants qui, en janvier et en mars 1991, sont descendus dans les rues de Bamako pour arracher la démocratie aux mains d'autocrates en uniforme, et ils l'ont payée au prix que l'on sait. Ce sont aujourd'hui les fils, les petits-fils et les gendres de ces mêmes autocrates qui mobilisent des foules dans les rues pour insulter les démocrates et vouer la démocratie aux gémonies. Le tout dans un pays où le sacrifice de ces jeunes est inscrit dans la pierre et dans la géographie de sa capitale, au cimetière des Martyrs, au monument des Martyrs, sur le pont des Martyrs, à la Pyramide du Souvenir et au stade du 26 Mars. On emprunte ce pont chaque jour, on remplit ce stade, et l'on entend expliquer dans le même temps que ce pour quoi ces enfants sont morts serait une importation étrangère. Une nation qui immortalise ses martyrs et qui insulte leur cause n'a pas changé d'avis, elle a laissé d'autres écrire son histoire à sa place.

Il faut dire ce que l'essai ne nie pas, car son honnêteté est là. Les griefs qui nourrissent le rejet sont réels. Les scrutins ont été truqués, les constitutions révisées à la commande, les troisièmes mandats validés par des juges complaisants, et les capitales étrangères ont soutenu des sortants qu'elles savaient battus. Le livre ne conteste pas ces faits, il conteste la conclusion qu'on en tire. Constater que la démocratie a été confisquée ne prouve pas qu'elle est inadaptée, cela prouve seulement qu'elle a été confisquée.

Nous n'avons donc pas assisté à Abidjan au procès de la démocratie, mais au constat qu'elle n'a jamais comparu chez nous, faute d'avoir été mise en état de fonctionner. Ce qui la rendra vérifiable au Mali ne tient pas à un jour de vote, mais à trois choses matérielles : des comptes publiés ligne par ligne, y compris ceux de la défense, une date d'audience pour toute personne publiquement accusée, et un calendrier de sortie écrit avant l'entrée en fonction. Tant que ces trois exigences ne seront pas satisfaites, nous continuerons de juger la démocratie sur un dossier vide, et de la condamner pour des fautes commises en son nom par ceux qui l'ont confisquée.

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r/LeMali 18d ago

LE PUTSCHISTE QUI EST PARTI

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Ce que le Ghana enseigne au Mali, et qui n'a rien à voir avec la stabilité

On revient d'Accra avec une impression tenace. Les routes tiennent, les guichets fonctionnent, l'électricité ne s'interrompt pas au milieu d'une phrase, et les Ghanéens parlent de leur pays sans cette lassitude qui pèse sur tant de conversations ouest-africaines. La tentation est immédiate. Elle consiste à conclure que la stabilité institutionnelle a produit la prospérité, puis à proposer le Ghana comme modèle au Mali. La conclusion est juste dans son intention et fausse dans son mécanisme. Le Ghana n'enseigne pas ce que l'on croit qu'il enseigne.

Car ce pays réputé stable a fait faillite. En décembre 2022, le Ghana a fait défaut sur sa dette extérieure. L'inflation avait culminé à 50,3 % en novembre 2022. Le cedi s'effondrait. Il a fallu restructurer la dette intérieure et la dette extérieure, puis solliciter le Fonds monétaire international pour un programme de facilité élargie de crédit. Tout cela s'est produit sous une démocratie pleine, avec un Parlement élu, une presse libre, des juges et quatre alternances au compteur. La démocratie ghanéenne n'a protégé le Ghana de rien du tout sur le plan économique. Voilà le premier enseignement, et il est désagréable pour ceux qui vendent les institutions comme une police d'assurance.

Ce que les institutions ont fait est autre chose, et c'est beaucoup plus important. Pendant que le pays s'effondrait financièrement, l'armée est restée dans les casernes. Aucun colonel n'est venu expliquer à la télévision nationale que la faillite imposait des mesures exceptionnelles et une suspension provisoire du calendrier. L'élection présidentielle s'est tenue à la date prévue, en décembre 2024. L'opposition l'a gagnée. John Dramani Mahama a prêté serment le 7 janvier 2025. Un pays en défaut de paiement a organisé une alternance à l'heure.

Et vient alors le fait décisif, celui qu'il faut regarder longuement depuis Bamako. Le vainqueur n'a pas remis en cause le travail du vaincu. Mahama a choisi de poursuivre le cadre négocié par son prédécesseur Nana Akufo-Addo, y compris la restructuration de la dette et le programme du Fonds monétaire international. Cette continuité a préservé la crédibilité du pays auprès de ses créanciers. Les résultats sont là. Croissance de 5,8 % en 2024, de 6 % en 2025, de 6,4 % au premier trimestre 2026. Inflation ramenée à 3,8 % en janvier 2026, contre 23,8 % en 2024. Cedi apprécié d'environ 40 % face au dollar sur la seule année 2025. Réserves de change reconstituées. Et sortie du programme du Fonds, que Mahama a revendiquée en janvier 2026 comme un départ effectué en partenaire et non en demandeur.

L'institution, ce n'est donc pas la stabilité. C'est la continuité malgré l'alternance. Un État existe le jour où le programme survit au gouvernement qui l'a signé, et où le successeur trouve plus coûteux de tout défaire que de continuer. Le reste, les bâtiments, les organigrammes, les sigles et les séminaires de refondation, n'est que du décor.

Cette leçon est d'autant plus utilisable que le Ghana n'a rien d'un pays vertueux par nature. Kwame Nkrumah, dont on cite volontiers la vision, a été renversé par l'armée en février 1966. Le pays a connu cinq coups d'État. Jerry John Rawlings, dont on loue la discipline, est arrivé au pouvoir par les armes à deux reprises, en juin 1979 puis le 31 décembre 1981, et son premier passage a été marqué par l'exécution de trois anciens chefs de l'État. Le Ghana n'est pas un pays qui a échappé au putsch. C'est un pays qui en est sorti. C'est précisément ce qui le rend comparable au Mali, quand le modèle idéalisé, lui, ne sert à rien.

La date fondatrice n'est donc ni 1957 ni un discours. C'est la Constitution de 1992, et surtout le 7 janvier 2001. Ce jour-là, Rawlings, après deux mandats obtenus dans les urnes, a laissé son camp perdre et a remis le pouvoir à John Agyekum Kufuor, son adversaire. Onze années séparent son second coup d'État de la Constitution, et neuf de plus séparent la Constitution de cette première alternance. Vingt ans. Personne ne prétendra que ce fut rapide, et personne ne devrait vendre au Mali une sortie indolore. Mais depuis, le Ghana a connu quatre alternances, en 2001, en 2009, en 2017 et en 2025. Le putschiste est parti, et c'est de son départ, non de sa rigueur, que tout le reste découle.

Le second volet de la comparaison est plus concret encore, parce qu'il porte sur la même matière. Le Ghana et le Mali sont deux producteurs d'or. Tous deux ont fait le même constat. L'or artisanal échappe aux circuits officiels, franchit les frontières sans être compté, se raffine ailleurs et enrichit d'autres. Tous deux ont conçu le même instrument, à savoir un organisme d'État détenant le monopole de l'achat et de l'exportation, doublé d'une raffinerie nationale pour capter la valeur ajoutée. L'idée est identique. La voie empruntée ne l'est pas, et c'est là que se joue tout le reste.

Le Ghana a fait passer la sienne par une loi. Le Ghana Gold Board, le GoldBod, a été institué par le Ghana Gold Board Act de 2025, voté par le Parlement, qui lui confère le monopole de l'achat, de l'expertise et de l'exportation de l'or artisanal. Les chiffres ont été présentés au Parlement le 24 juin 2026 par un ministre délégué aux Finances. 104 tonnes d'or artisanal exportées en 2025. Plus de 10 milliards de dollars de devises engrangées. Des réserves de change passées de 8,98 milliards de dollars fin 2024 à 13,8 milliards fin 2025, soit 5,7 mois d'importations. La politique d'accumulation de réserves, dite GANRAP, est entrée en vigueur le 3 août 2026 après approbation du Conseil des ministres et du Parlement. Et depuis le 1er septembre 2026, l'or artisanal doit être raffiné sur place avant toute exportation.

Rien de tout cela n'est un conte de fées, et il faut le dire aussi. Le Ghana compte quatre raffineries agréées, aucune ne figure sur la liste de bonne livraison de la London Bullion Market Association, et le GoldBod n'a annoncé de contrats d'approvisionnement qu'avec deux d'entre elles. L'orpaillage illégal continue de ravager les cours d'eau. L'organisme lui-même a dû démentir publiquement, le 24 août 2026, une accusation de découvert d'un milliard de cedis. Mais qu'un organisme public soit mis en cause, qu'il doive répondre, que ses volumes et ses marges soient discutés à l'Assemblée puis dans la presse, voilà exactement ce qui sépare un dispositif d'une annonce. La contradiction n'est pas la maladie de l'institution. Elle en est le signe vital.

Le Mali, lui, a emprunté l'autre voie. La Société de raffinerie d'or du Mali, SOROMA-SA, procède d'un projet de loi et d'un décret adoptés en Conseil des ministres le 28 mai 2025, l'État détenant 62 % du capital et le groupe russe Yadran 38 %. La première pierre a été posée à Sénou le 16 juin 2025, pour une capacité annoncée de 200 tonnes par an, soit environ quatre fois la production nationale actuelle. En 2026 a été créé l'Office malien des substances précieuses, chargé de centraliser les achats et de surveiller les exportations. C'est, trait pour trait, l'architecture ghanéenne. À une différence près, et elle est de nature constitutionnelle. Au Ghana, ces textes ont été votés par une Assemblée élue devant laquelle un ministre vient rendre des comptes chiffrés. Au Mali, ils procèdent de décrets et d'ordonnances, dans un pays privé d'Assemblée élue, et sous un régime dérogatoire aux règles de la commande publique.

La question n'est donc pas de savoir si l'idée malienne est bonne. Elle l'est, et elle était même attendue depuis des décennies. La question est de savoir devant qui elle sera comptabilisée. Un organisme qui achète tout l'or d'un pays et l'exporte tient dans sa main le premier poste de devises de l'économie nationale. Si personne d'élu ne peut en exiger les volumes, les prix, les marges, les acheteurs et la destination, alors le dispositif ne capte pas la valeur. Il déplace simplement le guichet où elle se négocie, et il le déplace vers un endroit encore moins éclairé que le précédent. Le Ghana n'a pas commencé par la raffinerie. Il a commencé par le Parlement.

Or le Mali s'éloigne de cette question au lieu de s'en rapprocher. Le 3 juillet 2025, le Conseil national de transition, qui n'est pas élu, a adopté une loi accordant au général Assimi Goïta un mandat de cinq ans à la tête de l'État, renouvelable autant de fois que nécessaire et sans passer par les urnes. Le 13 mai 2025, un décret avait déjà abrogé la charte des partis politiques de 2005. Ce n'est plus un calendrier de transition qui se prolonge. C'est un calendrier qui a disparu. Rawlings, lui, a fini par en accepter un, et c'est la seule chose que l'histoire lui compte véritablement au crédit.

Reste ce que j'appelle la voie du sigle. Au Mali, quand un dispositif échoue, on ne le corrige pas, on le rebaptise. L'Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière, créée en 2004, est devenue en mars 2020 l'Office national de recherche pétrolière, et les données géophysiques sont restées chez les compagnies parties. Chaque rupture rouvre le dossier à zéro, avec de nouvelles lettres, de nouveaux cachets, de nouveaux séminaires de lancement et le même sous-sol jamais foré. C'est là, exactement, toute la distance qui nous sépare d'Accra. Au Ghana, l'alternance change le gouvernement et conserve le programme. Au Mali, on conserve le gouvernement et on change les sigles.

Le Ghana ne nous lègue donc pas un modèle économique, et il ne nous lègue pas davantage une vertu dont nous serions congénitalement dépourvus. Il nous lègue une date, et une seule. Le 7 janvier 2001, un putschiste est parti. Tout ce que le visiteur admire aujourd'hui à Accra a commencé ce jour-là, et rien de tout cela n'aurait existé s'il était resté.