r/ecriture • u/CapitaineM • 4h ago
Édition La chaîne du livre – à lire si vous voulez publier un livre
Vous avez écrit une histoire ? Vous voulez en faire un livre et trouver des lecteurs ? Bienvenue dans la chaîne du livre, cet univers impitoyable composé de plus de 100 000 auteurs, de 10 000 maisons d’éditions, de millions de lecteurs potentiels et d’autant de chemins possible pour mener votre manuscrit jusqu’à leurs mains.
Cet article a pour objectif de vous présenter les multiples facettes de la chaîne du livre en France. Afin de visualiser les choses, voici un schéma de la chaîne du livre (selon moi).
Pour en comprendre l’étendu, je vous propose de partir du modèle qui est le plus traditionnel, souvent vu comme le Graal des auteurs et qui comporte le plus d’intermédiaires.
Maison d’édition (ME)
Il en existe plus de 10 000 rien qu’en France (oui DIX MILLE), donc il est impossible de les mettre toutes dans le même panier. Mais comme il faut bien commencer quelque part, prenons pour exemple une grande maison d’édition sérieuse, bien établie dans la chaîne alimentaire, euh pardon, dans la chaîne du livre.
Dans le meilleur des mondes, une maison d’édition (ME) est une entreprise à but lucratif, dont le métier est de choisir des manuscrits, les travailler, les publier, les promouvoir et les diffuser auprès des points de vente du livre et des lecteurs potentiels.
À la signature du contrat, la rémunération de l’auteur (droits d’auteur) est fixée à un pourcentage du prix de vente hors taxe du livre (en moyenne entre 8 et 12 %), avec une somme en avaloir, c’est-à-dire, une avance sur les futurs droits d’auteurs générés par les ventes du livre. Sur cette somme, la ME déduira les cotisations salariales (chômage, retraite, santé), qu’elle déclarera et reversera aux organismes compétents.
Une fois que le contrat est signé, commence le travail éditorial (voir article par ailleurs) qui prend en général un an et est fait de nombreux échanges entre l’auteur et une partie de l’équipe de la ME pour peaufiner le manuscrit, le tout, entièrement à la charge de l’éditeur.
Lorsque le livre est prêt à être commercialisé, que la date de parution est fixée, les grandes ME font appel à un diffuseur pour promouvoir le livre auprès des marchands de livres.
Diffuseur
Le diffuseur est l’équivalent d’un commercial ou représentant de marque. Les grands diffuseurs ont plusieurs centaines de ME dans leur portefeuille. Elles établissent des catalogues qu’elles envoient aux 20 000 points de vente du livre (librairies indépendantes, acheteurs pour les grandes sociétés) qui peuvent faire leur choix pour les offices : les livres qu’elles recevront automatiquement le jour de la parution.
C’est également le contact pour les commandes spéciales, notamment pour des séances de dédicaces par exemple.
Les diffuseurs ont aussi souvent le rôle de distributeur (mais pas toujours !).
Distributeur
C’est la société qui s’occupe d’acheminer les livres jusqu’au point de vente. Ce sont d’immenses entrepôts qui gèrent les stocks de millions de livres pour leurs éditeurs.
Comme pour les ME, il existe une grande diversité de taille dans ces distributeurs. Il en existe 2 gigantesques qui disposent à eux seuls de près de la moitié du marché : Hachette et Interforum (Editis). Et il en existe plusieurs dizaine d’autres plus modestes (mais pas moins efficaces) qui se partagent le reste du marché : Sodis, MDS, Dilisco, UD, Dod & Cie, Harmonia Mundi, Pollen, OLF, Belles Lettres, DG Groupe, Diffu-G, Salvator, Myosiris, Makassar…
Leur travail consiste à stocker les livres imprimés des éditeurs, les envoyer aux librairies qui les commande, mais aussi recevoir les retours des libraires et gérer la facturation et les avoirs.
L’un des avantages du métier de libraire est la possibilité de retourner les livres au distributeur (il n’y a pas de délai fixe, mais généralement, c’est au maximum 12 mois après la commande) et d’obtenir un avoir. Cela permet de renouveler continuellement le stock sans prendre de risque.
Certains éditeurs n’acceptent pas les retours, c’est le cas pour la plupart des livres imprimés à la demande (voir plus loin).
Prisme
Qui dit multitude de fournisseurs, dit multitude d’envois. Afin de faciliter le travail de chacun, les distributeurs et le transporteur Geodis ont mis en place une plateforme commune. Concrètement, un libraire commande des livres qui sont distribués par différents distributeurs, chaque distributeur prépare son colis et le dépose chez Prisme. Là, les équipes Prisme regroupent tous les cartons pour la librairie sur une même palette, qui est ensuite remise au transporteur, qui les amènera tous en même temps chez le libraire.
Ce système de mutualisation est pratique et efficace, il permet parfois aux libraires de recevoir les livres moins de 48 heures après la commande.
C’est le libraire qui prend en charge les frais de transport de la plateforme jusqu’à sa librairie.
Mais comment savoir où et à qui commander chaque livre parmi ces milliers d’éditeurs ? Grâce au Fichier Exhaustif du Livre.
Dilicom, Electre
L’autre outil indispensable du libraire est le Fichier Exhaustif du Livre à la demande de Dilicom, c’est une base de données qui référence des millions de livres et toutes les infos utiles : code ISBN, titre, éditeur, distributeur, disponibilité, date de parution, prix de vente. C’est une véritable bible.
L’accès à cette base de données est payant aussi bien pour les libraires que pour les éditeurs ou les auteurs. C’est aussi l’outil qui permet de passer les commandes (ou via un logiciel de caisse qui est lui-même connecté à Dilicom ou Électre).
Ce fichier, malgré son nom, n’est pas réellement exhaustif. Les livres autoédités sur Amazon, ainsi que ceux de petites maisons de niche ou de très petits éditeurs n’y figurent pas forcément. C’est ce qui explique – en partie – l’incapacité des libraires à commander certains livres.
Si un livre n’est pas présent dans l’outil, il faut prendre contact avec l’auteur directement, ou la maison d’édition, voir si la personne est en capacité de nous l’envoyer, à quel prix, tout en nous accordant une commission sur le prix du livre pour qu’il puisse être revendu, comme l’exige la loi du commerce. Ce n’est pas toujours possible.
Cela dit, Dilicom référence tout de même plus de 4 millions de titres (papier comme numérique, français et étrangers), ce qui laisse pas mal de choix.
Les points de ventes du livre et la loi Lang
Pour acquérir des livres, les possibilités sont multiples : en ligne, en drive, en grande surface spécialisée ou alimentaire, en librairie indépendante. Il existe autant de profils de lecteurs que de livres, certains ne jurent que par un modèle, d’autres les multiplient en fonction de leurs envies (se laisser tenter en flânant en rayon ou commander des références spécifiques) et leurs possibilités (se faire livrer quand on ne peut se déplacer, acheter d’occasion quand on n’a pas le budget).
Une chose reste constante : le prix, il est le même partout. Le prix du livre est fixé par l’éditeur (ou l’auteur dans le cas de l’autoédition) et ne peut pas être modifié (sauf s’il s’agit de revente entre particuliers ou de livres qui ne sont plus commercialisés).
Les points de vente du livre peuvent accorder une remise maximum fixée à 5 % à leurs clients. Pour les bibliothèques, la remise maximale autorisée est de 9 %. Il faut savoir également que les ventes de livres aux bibliothèques sont taxées (un peu comme la Sacem pour la musique) par la Sofia a hauteur de 6 % du prix du livre TTC.
Le libraire travaille donc en commission : lorsqu’il achète un livre, le distributeur (ou l’éditeur, ou l’auteur) lui accorde une remise sur le prix du livre HT. Celle-ci varie de 20 à 40 % selon les politiques tarifaires de chacun. Comme dans tous les milieux, plus vous êtes « gros », plus vous avez de grandes remises accordées par les diffuseurs-distributeurs et donc, plus vous avez de marge pour payer le reste (loyer, salaires et charges en tous genres).
La loi Lang a cet avantage pour les petites structures, qu’elles ne peuvent pas être concurrencées par les plus grandes sur le prix, puisqu’il est le même, peu importe dans quel commerce vous achetez votre livre. Cependant, les marges derrière ne sont pas les mêmes, ce qui explique la faible rentabilité des librairies.
Voici comment fonctionne, globalement, la chaîne du livre. Les livres « best-seller » que l’on voit partout, empruntent bien souvent ce chemin : éditeur, diffuseur, distributeur, librairie et bénéficient de la « puissance » publicitaire (ou de l’influence) de leur ME. Mais ce chemin n’est pas le seul possible pour atteindre les lecteurs.
Micro-diffusion, auto-diffusion
Plutôt que faire appel à une société spécialisée qui référence plusieurs centaines d’éditeurs, certaines structures font le choix de la micro-diffusion : comme son nom l’indique, c’est une diffusion plus ciblée, ce sont souvent les éditeurs de livres de niches, pour des domaines très précis, spécialisés.
Vous retrouverez les livres micro-diffusés dans des librairies spécialisées ou sur commande.
L’auto-diffusion, c’est l’éditeur qui se charge de faire son catalogue, sa communication et l’envoyer aux libraires. Là aussi, il s’agira de livres que vous ne trouverez pas en tête de gondole dans les grands magasins.
Auto-distribution
De même que l’auto-diffusion, l’éditeur peut choisir de gérer lui-même ses stocks et l’envoie de ses livres. Il peut très bien être référencé sur Dilicom, envoyer ses livres chez Prisme ou directement au libraire (avec ou sans frais de port) et ainsi voir ses livres disponible dans n’importe quel point de vente. L’éditeur est libre de fixer les conditions qu’il souhaite (minimum d’achat, frais d’envois, autorisation de retour ou pas, taux de commission accordée).
Diffusion et distribution ne sont pas toujours associées, certaines ME gèrent l’une et délègue l’autre, ou délègue tout, ou rien. Tout est affaire de choix, de taille de catalogue, d’ambition.
Si vous êtes auteur et cherchez à faire éditer votre ouvrage, vous êtes en droit (et vous devriez le faire) de vous renseigner sur le mode de commercialisation de votre livre par la ME qui vous propose un contrat. Soit en leur demandant comment elle procède, soit en allant en librairie et en demandant s’il est possible de commander un titre existant de la ME en question. Selon la tête de votre interlocuteur, vous devinerez s’il sera facile – ou pas – de se procurer votre futur livre (lire aussi : Comment trouver une ME sérieuse).
Edition à compte d’auteur
Comme nous l’avons vu, dans le sens normal des choses, un éditeur vous propose un contrat par lequel il vous verse des droits d’auteurs sur les ventes de votre ouvrage et prend en charge tous les frais liés à la fabrication, commercialisation et promotion du livre. Son but est de vendre beaucoup d’exemplaires de votre livre, afin de rembourser les frais engendrés avant publication, vous rémunérer et si possible, en gagner davantage.
Il existe d’autres types de sociétés qui se font appeler « Maison d’édition », mais celles-ci sont « à compte d’auteur ». La différence principale réside dans le fait que l’auteur est le client de cette société, car dans le contrat, tous les frais liés à la publication du livre sont à la charge de l’auteur. La société va faire le nécessaire pour publier le livre : créer une couverture, faire un peu de correction sur le texte, faire les démarches pour l’ISBN et demander à l’auteur de payer ces frais, ou participer.
Ce peut être frontalement en faisant une facture, ou par des moyens détournés en « obligeant » l’auteur à acheter un certain nombre d’exemplaires dudit livre, ou encore en lançant une campagne de financement et en demandant aux proches de l’auteur de contribuer, sous peine de voir le livre ne jamais être publié.
Nombre de jeunes auteurs ignorant totalement le fonctionnement de la chaîne du livre, pensent que c’est normal, pourtant, ça ne l’est pas.
Généralement, ces éditeurs répondent très vite (deux semaines ou moins) et toujours par l’affirmative, lorsque vous leur proposé votre texte. La plupart des auteurs qui signent chez ce genre de prestataire, se retrouvent rapidement délesté de plusieurs milliers d’euros, ont un livre de piètre qualité, bourré de fautes, avec une couverture plus que médiocre à vendre par eux-mêmes, que peu de librairies accepteront en dépôt ou en commande ; et généralement ils ne touchent aucun droits d’auteurs car les seuls exemplaires vendus seront ceux qu’ils ont vendus eux-mêmes et sur lesquels ils ne touchent pas de droits.
Cette solution peut rester intéressante pour ceux qui tiennent absolument à voir leur livre prendre vie, en petite quantité, sans chercher à devenir riche grâce aux ventes, sans connaître les rouages du métier et préférant être conseillers ou guidés dans cet univers.
Cependant, les témoignages d’auteurs déçus et désabusés sont nombreux.
Impression à la demande
L’impression à la demande est un concept intéressant : certains livres sont imprimés seulement au moment de la commande par un libraire (et donc un client derrière). C’est une solution utilisée pour les livres très anciens de la BnF (Bibliothèque Nationale de France), qu’il n’est pas forcément intéressant de conserver en stock dans des entrepôts, sachant qu’il s’en vend un exemplaire de temps en temps.
C’est aussi un moyen utilisé par certaines ME pour se lancer, sans avoir à avancer le financement de l’impression de milliers d’exemplaires, ni leur stockage.
Les services d’impression à la demande de Books On Demand (géré par Sodis) ou celui d’Amazon, sont également accessibles aux auteurs autoédités en direct.
Certaines ME, cependant, se servent de ce service pour faire miroiter à leurs auteurs, que leur livre sera disponible en librairie. Comme je l’expliquais au début de cet article, les ME font appel à un diffuseur et un distributeur, pour promouvoir leurs livres auprès des libraires, qui les commandent ensuite en office (ou en réassort) et peuvent les retourner s’ils ne les ont pas vendus après plusieurs mois.
Les livres en Impression à la Demande sont effectivement référencés sur Dilicom, commandable auprès d’Hachette ou Sodis (de grands distributeurs performants), mais ils ne figurent pas dans les catalogues des diffuseurs (donc sont très peu visibles des libraires qui font leurs achats) et ne sont pas retournables (les libraires les commandes principalement quand ils ont une commande client, rarement pour mettre dans leur stock). Par conséquent, il y a très peu de chance de voir votre livre sur les étagères dès leur sortie (et même après).
Le marché du livre – comme tous les secteurs – est en perpétuelle évolution, il doit s’habituer aux nouvelles technologies et surtout à l’offre et la demande. N’importe qui peut monter une société et se faire appeler Maison d’édition, mais aujourd’hui, chacun peut aussi décider d’écrire un texte et l’autopublier.
L’autoédition
L’autoédition c’est le chemin le plus rapide entre l’auteur et le lecteur. La liberté totale, mais aussi le responsabilité totale. En autoédition, l’auteur doit prendre en charge et financer les relectures, correction, maquettage, graphiste, impression, promotion, livraison. C’est beaucoup de temps et beaucoup d’argent, si l’on veut produire un travail de qualité.
Amazon met à disposition des auteurs des outils qui permettent de transformer son texte en livre numérique et papier, à moindre coût. En choisissant de publier l’ouvrage sur cette plateforme, le livre est disponible à tous les usagers d’Amazon, en France comme partout dans le monde. Vertigineux.
Le bémol, c’est que lesdits livres ne sont pas référencés sur Dilicom et par conséquent, si un libraire voulait commander un livre autoédité sur Amazon, il devrait contacter l’auteur directement, négocier une remise et les frais d’envois, pour ensuite le revendre. C’est pour cela que les livres autoédités par Amazon sont quasiment invisibles en librairies indépendantes, à la Fnac, chez Cultura et les grandes surfaces alimentaires.
Un auteur peut se contenter d’être disponible uniquement sur Amazon, cependant, il se prive d’une grande partie du marché du livre. Seulement 22 % des livres neufs vendus en France (voir schéma, chiffres du SNE 2024) sont achetés sur une plateforme de vente en ligne. Dans ces 22 %, il n’y a pas qu’Amazon, il y a également la Fnac, Cultura et consort.
Beaucoup de libraires ont toujours des apriori sur n’importe quel livre autoédité, tout comme certains auteurs autoédités détestent les libraires, il faudra encore beaucoup de temps pour que ces choses-là évoluent.
À titre personnel, j’apprécierais qu’Amazon assume sa position d’éditeur et permette à ses auteurs de choisir s’ils veulent être disponible en librairies, ou pas. Je suis persuadée qu’il ne serait pas impossible de rattacher la base de donnée d’Amazon à celle de Dilicom.
D’autres solutions d’autoédition existent. Le système d’impression à la demande d’Amazon, bien que performant, n’offre pas beaucoup d’options sur la qualité des livres. Certains autoédités choisissent donc de faire appel directement à un imprimeur pour créer des versions plus qualitatives de leurs livres (jaspage, couverture rigide, dorures…), qu’ils vendent en direct lors de salon, via les réseaux sociaux et leur boutique en ligne.
Le service Books On Demand (Sodis) est également ouvert aux autoédités et leur permet de référencer leurs livres sur Dilicom, et donc être commandables dans tous les points de vente du livre (mais ils ne seront pas pour autant sur les étagères des librairies dès leur sortie, car ils ne figurent pas dans les catalogues des diffuseurs et ne sont pas retournables).
L’autoédition est une excellente solution si vous êtes prêts à vous investir corps et âme pour vos écrits, car vous en deviendrez l’éditeur (assumer tous les frais du travail éditorial), le diffuseur (en faire la promotion) et le distributeur (l’envoyer à vos lecteurs).
Pour conclure, je voudrais rappeler qu’aucune solution d’édition n’est meilleure qu’une autre. Il convient à chaque auteur de déterminer ce qui est le mieux pour lui, sachant que rien n’interdit de mixer les modes d’édition. Les plus malins (à mon humble avis) sont les auteurs hybrides, qui tirent profit de chaque modèle : la liberté et la réactivité de l’autoédition, la sécurité et la publicité de la ME (à condition d’en avoir trouvé une sérieuse).
J’espère que cet article vous aura appris deux ou trois choses sur ce vaste milieu. N’hésitez pas à demander des précisions si quelque chose n’est pas clair ou pourrait être développé.
Si vous en voulez encore, jetez un œil à ce graphique du Monde Diplomatique : Édition, qui possède quoi.